À la une
À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans...
Brèves d’octobre –
Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence
Ça s’est passé il y a 200 ans : création du...
Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena
PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE...
Édito de septembre –L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre
Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées
Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther de Leoncavallo
L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de saison survitaminée
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Compte renduRécitalVu pour vous

Elīna Garanča en récital à Garnier : comment chanter de grands airs sans prendre de grands airs

par Marie Gaboriaud 24 mai 2025
par Marie Gaboriaud 24 mai 2025

© Benoîte Fanton – Opéra national de Paris

© Benoîte Fanton – Opéra national de Paris

© Benoîte Fanton – Opéra national de Paris

0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
2,8K

Grand succès pour cette soirée du 19 mai à l’Opéra Garnier passée trop vite, où Elīna Garanča et son accompagnateur Malcolm Martineau ont réussi à créer une atmosphère d’intimité, presque de salon, malgré les ors de Garnier, qui faisait salle comble pour la mezzosoprano lettone.

Le récital, « Musiques et poésies européennes à l’aube du XXe siècle », était structuré en quatre moments, correspondant à quatre registres et quatre aires culturelles – lettone, allemande, française et russe – programme intelligemment pensé pour rendre sensibles aussi bien les particularités de chaque répertoire que leurs points de contact.

Pas de poses de divas ici : la mezzo se caractérise par sa simplicité autant que par son élégance, une voix et une technique impressionnantes. Le pianiste Malcolm Martineau s’accorde bien avec ce registre, délaissant les effets de manche gratuits et prenant un plaisir communicatif. Le phrasé est personnel mais toujours juste dans l’émotion, la voix splendide même si un léger voile, par moment, laisse penser qu’Elīna Garanča n’était pas au meilleur de sa forme, et la technique spectaculaire.

La soirée débute en douceur et en émotion avec le répertoire letton, peu connu des auditeurs mais parfaitement de Garanča, et mis en valeur par une interprétation intense mais toute en délicatesse. Particulièrement émouvants « Līst klusi » (« Il pleut doucement ») de Kalniņš et « Ak, jūs atmiņas » (« Oh, souvenirs ») de Vītols.

Après un intermède pianistique de Martineau, dédié à une berceuse hypnotique du même Vītols, la chanteuse s’attaque à sept lieder de Strauss, dans un registre plus dramatique, mais aux effets très variés, dont se détache l’interprétation superbe de « Schön sind, doch kalt die Himmelsterne ».

Après la pause, l’intensité croît avec l’interprétation très personnelle de cinq mélodies de Duparc, de l’intensité d’« Au pays où se fait la guerre », sur un texte de Théophile Gautier, au très inspiré « Phidylé » qui clôt la série. En guise de transition, Martineau offre un « Clair de lune » expressif mais pas maniéré, à l’image de tout le récital.

Mais c’est la dernière partie qui constitue le clou du spectacle : Garanča explose dans les romances de Rachmaninov. C’est un répertoire qui lui est visiblement cher et familier : sa grande liberté d’interprétation va de pair avec une jubilation qui se transmet au public, et à son accompagnateur, avec qui la complicité se fait plus étroite. Volume, énergie, emphase dramatique, graves lumineux et notes cristallines, phrasés naturels, Garanča semble pouvoir tout faire de sa voix.

Ce programme très varié dans ses registres a opéré tout de même un crescendo vers plus d’intensité opératique, de vélocité, de volume, qui va continuer à grimper dans les (trois !) bis proposés par la mezzo : d’abord « Nié poï, krasavitsa » (« Ma belle, ne chante pas ») de Rachmaninov, présenté comme son air préféré du compositeur, et de fait interprété de façon si grandiose qu’il met le public debout. Le deuxième bis, en revanche, est une concession à l’opéra : « Puisque nous sommes à l’opéra, je vais chanter un air d’opéra. Mais je ne vous dirais pas ce que c’est ! » annonce la mezzo, désormais en communion avec la salle. Ce sera « Io son l’umile ancella » tiré d’Adriana Lecouvreur, véritable prise de risque en fin de concert que cet air acrobatique aux aigus en mezza voce, dont la chanteuse ne semble pas totalement satisfaite. Lorsqu’elle revient sur scène pour la troisième fois, c’est pour devenir littéralement Carmen sous nos yeux, dans une Habanera d’anthologie, explosive, joueuse, sensuelle, parfaitement maîtrisée et totalement incarnée. Le public ne s’y trompe pas, conscient du privilège d’avoir pu assister à ce moment, et lui fait un triomphe pour saluer sa générosité, son courage et son talent.

 

Retrouvez Elīna Garanča en interview ici !

Les artistes

Elīna Garanča, mezzo-soprano
Malcolm Martineau, piano

Le programme

Mélodies lettones, et de Rachmaninov, Strauss et Duparc.

Jāzeps Mediņš
Sapņojums

Alfrēds Kalniņš
Līst klusi – Sapņu tālumā

Jāzeps Mediņš
Nocturno – Tā ietu – Ak, jūs atmiņas

Jāzeps Vītols
Sapņu tālumā – Aizver actiņas – Man prātā stāv vēl klusā nakts

Richard Strauss
Zueignung, op. 10 n°1 – Winternacht, op. 15 n°2 – Schön sind doch kalt, op. 19 n°3 – Wie sollten wir geheim sie halten, op. 19 n°4 – Allerseelen, op. 10 n°8 – Heimliche Aufforderung, op. 27 n°3 – Befreit, op. 39 n°4

Henri Duparc
« Au pays où se fait la guerre » – « L’Invitation au voyage » – « Extase » – « Romance de Mignon » – « Phidylé »

Serguei Rachmaninov
Believe it not, op. 14 n°7 – Morning, op. 4 n°2 – A dream, op. 8 n°5 – O, do not grieve, op. 14 n°8 – The answer, op. 21 n°4 – When silent night doth hold me, op. 4 n°3 – Spring waters, op. 14 n°11

Paris, Opéra Garnier, Concert du lundi 19 mai 2025.

image_printImprimer
Malcolm MartineauElīna Garanča
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Marie Gaboriaud

Marie Gaboriaud est enseignante-chercheuse en littérature française à l'Université de Gênes. Elle est spécialiste des liens entre musique et littérature, et des phénomènes de canonisation des figures de musiciens. Elle a notamment publié "Une vie de gloire et de souffrance. Le Mythe de Beethoven sous la Troisième République" (2017), qui a été finaliste du Prix France Musique des Muses en 2018.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Opéra Bastille : Rigoletto se porte bien…
prochain post
Versailles : Des Fêtes de Ramire en demi-teinte

Vous allez aussi aimer...

À Lille, les voix de la magicienne Alcina...

9 octobre 2026

Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de...

5 octobre 2026

Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre...

5 octobre 2026

WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première

5 octobre 2026

A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme...

4 octobre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Brèves d’octobre –

    9 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Béatrice Uria-Monzon : biographie, carrière et vie privée - MarseilleJournal.com dans In memoriam – Béatrice URIA-MONZON (1963-2025)
  • Teulon Lardic Sabine dans Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement à l’amiable : Nabucco a le titre, Abigaïlle la couronne !
  • Vuillemin dans Rusalka au Capitole, quatre ans après, la magie de Poda demeure
  • Boeuf dans Manon des Sources, Pagnol à l’Odéon de Marseille
  • COIC dans À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par une distribution d’exception

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

À Lille, les voix de la...

9 octobre 2026

Découvrez le programme 2027 du Festival...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026