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Compte renduRécitalVu pour vous

Nadine Sierra à la Salle Gaveau, « J’adore »

par Romaric HUBERT 14 février 2026
par Romaric HUBERT 14 février 2026
© Gregor Hohenberg
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Récital Nadine Sierra, Paris, Salle Gaveau, jeudi 12 février 2026

Elle entre, et la salle applaudit comme si le concert avait déjà eu lieu. Ovation immédiate, puis re-bravos entre chaque morceau : Gaveau ne laisse jamais retomber la température. Nadine Sierra, elle, entretient cette proximité sans forcer la connivence. Quelques mots au public, une ambiance cool, chaleureuse, presque de salon et puis l’aveu, dit sans pathos : la soprano est malade depuis quelques jours mais elle tenait à chanter ce soir. En français, elle tranche : « C’est la vie ».

Ici, même le chic est assumé, annoncé comme une plaisanterie de scène : “Ce soir, je porte des bijoux Chopard et une robe Dior”. Et, mine de rien, la phrase sert de mode d’emploi et on adore. Car le récital est à cette image : classe, brillant, ciselé. De la haute couture vocale. Tout est réglé, ourlé, tenu. Dans Turina et Rodrigo, l’espagnol est exemplaire : net, vivant, jamais « carte postale ». La voix, au début, se tient sur la réserve, contrôle très visible, prudence d’atelier. Puis, une fois l’instrument en confiance, elle se lâche, et elle se lâche sans peur : on ne sent ni limitation à l’expression, ni réflexe de protection. Si la maladie a laissé une trace, ce serait à peine un souffle fugitif qui effleure la voix, une note moins longuement tenue, un léger vibrato de l’aigu, des micro-accrocs aussitôt repassés. Ici, même l’imperfection est rattrapée avec des gants.

Le programme avance comme un album. On passe d’une Espagne savante à des détours lusophones, d’une Amérique de chanson à Puccini, sans chercher l’unité à tout prix. Disparate, oui mais comme une biographie musicale en fragments : langues, fidélités familiales, souvenirs de répertoire. Et le pianiste Bryan Wagorn y est plus qu’un « accompagnateur » : discret partenaire, à l’écoute, soutien sans faille, respiration commune. Sa poésie se révèle surtout quand il reste seul : un Clair de lune de Debussy, puis l’Intermezzo de Manon Lescaut – deux pauses solistes qui ne font pas diversion, mais préparent la suite en changeant l’air de la salle.

À l’entracte, on repère Thomas Hampson, et la soirée prend ce petit relief supplémentaire des rendez-vous entre musiciens. Pendant les bis, Nadine Sierra lui rendra d’ailleurs hommage et rappellera un soutien ancien. Puis vient Puccini, et la vérité de théâtre s’invite dans la couture. Sierra chante superbement, personne n’en doute. Mais elle entre mieux dans les habits de Musetta que dans ceux de Mimi. Musetta lui va comme un gant : elle fait le show, elle brille, elle sait tenir une salle et la faire tourner autour d’elle. Mimi demande autre chose qu’un beau chant : ce ciselé du mot qui amène l’émotion au-delà de la ligne. Ici, la cousette restait souvent trop « parfaite », plus chantée que dite – superbe, mais moins mordante.

Les bis, enfin, dessinent une filiation et assument la diva. “O sole mio” comme clin d’œil aux racines, puis “Vissi d’arte” – miroir idéal pour ce goût du théâtre de soi. “Beautiful Dreamer” est dédié à Marilyn Horne, dont Sierra salue autant l’artiste que la personne. “O mio babbino caro” fermera la nuit sur une caresse italienne. Nadine Sierra, on l’adore !!! Et on attend le soir où, au lieu de lisser la soie, elle acceptera de froisser un peu le tissu, rien que pour faire saigner le mot.

Les artistes

Nadine Sierra, soprano
Bryan Wagorn, piano

Le programme

Récital Nadine Sierra

Joaquín Turina – Homenaje a Lope Vega
Cuando tan hermosa os miro
Si con mis deseos
Al val de Fuente Ovejuna

Joaquín Rodrigo – Cuatro madrigales amatorios
¿Con qué la lavaré?
ÂVos me matásteis
¿De dónde venís, amore?
De los álamos vengo, madre

Claude Debussy
Clair de lune (piano solo)

Heitor Villa-Lobos
Melodia sentimental

Francisco Ernani Braga
Engenho Novo

Entracte

George Gershwin
Summertime

Leonard Bernstein
Somewhere

Giacomo Puccini
Manon Lescaut, Intermezzo (piano solo)
La Rondine, « Chi il bel sogno »
La Bohème, « Mi chiamo Mimì »
La Bohème, « Quando m’en vo »

Bis (rappel)

“O sole mio”

Giacomo Puccini
Tosca, « Vissi d’arte »

Stephen Foster
Beautiful Dreamer (dédié à Marilyn Horne)

Giacomo Puccini
Gianni Schicchi, « O mio babbino caro »

Paris, Salle Gaveau, récital du jeudi 12 février 2026.

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Nadine SierraBryan Wagorn
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Romaric HUBERT

Licencié en musicologie, Romaric Hubert a suivi des études d’orgue, de piano, de saxophone et de chant. Il a chanté dans plusieurs chœurs réputés, ou encore en tant que soliste. Il est titulaire d’une certification qualifiante professionnelle d’animateur radio délivrée par l’Institut National de l’Audiovisuel, et a fait ses premiers pas au micro sur France Musique. Il a fondé la compagnie Les Papillons Electriques avec sa complice Jeanne-Sarah Deledicq et est co-créateur du site Première loge.

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