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L’Académie de l’Opéra de Paris invite Rossini à l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille

par Stéphane Lelièvre 7 mai 2026
par Stéphane Lelièvre 7 mai 2026
Vincent Lappartient @Studio j'adore ce que vous faites
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1,3K

Salon rossinien I, Amphithéâtre Messiaen de l’Opéra Bastille, mercredi 6 mai 2026

Soirée rossinienne donc, à l’Amphithéâtre Bastille, même si la variété de l’œuvre de Rossini n’y est que partiellement représentée : le programme privilégie essentiellement les œuvres bouffes, tandis que le Rossini serio n’apparaît qu’à travers Semiramide et Otello. On a également pris soin d’éviter les pages exigeant une pyrotechnie vocale trop poussée, les jeunes chanteurs en devenir ne maîtrisant pas nécessairement tous – ce qui est parfaitement compréhensible – les rouages les plus complexes de la technique belcantiste. Une seule exception toutefois : le virtuose « Bel raggio lusinghier » de Semiramide.

Le programme a été conçu avec intelligence, alternant mélodies, airs d’opéra, duos et ensembles, permettant ainsi d’évaluer autant les qualités individuelles des artistes (préparés par Jeff Cohen) que leur capacité à s’écouter et à se répondre sur scène. Seule réserve, selon nous : l’ouverture de La gazza ladra, jouée au piano pour ouvrir la soirée. Même avec le recours de quatre mains, elle ne saurait restituer pleinement la noirceur ni la violence de cette page orchestrale. Le talent des deux pianistes, Anastasia Martin et Moeka Ueno, n’est pas en cause ; on les retrouvera d’ailleurs bien plus à leur avantage dans d’autres moments du concert. il convient également de saluer les belles interventions du troisième pianiste Louis Dechambre, dont on apprécie particulièrement le raffinement poétique de l’accompagnement dans l’air du saule d’Otello.

Parmi tous les artistes présents, deux personnalités ont particulièrement retenu notre attention : Ana Oniani et Bergsvein Toverud. Originaire de Géorgie, Ana Oniani possède un timbre personnel  et fait déjà preuve d’une maîtrise très aboutie du chant colorature dans le grand air de Semiramide. Le ténor américano-norvégien Bergsvein Toverud dispose quant à lui de l’une des voix des plus intéressantes, ainsi que d’une ligne de chant  ferme et très bien maîtrisée. Lui confier le rôle du Comte Ory n’était peut-être pas cependant une excellente idée : dans le trio « À la faveur de cette nuit obscure », tous les aigus sont chantés en voix de poitrine, de manière certes impressionnante, mais stylistiquement inadéquate : la mezza voce s’y impose naturellement, et le climat poétique de la scène souffre pour le moins d’une émission trop héroïque ! Plus généralement, cette atmosphère nocturne et suspendue aura manqué aux interprètes du trio, à l’exception de Neima Fischer, dont le chant raffiné et la voix fraîche et bien conduite ont apporté précisément cette délicatesse attendue.

La troisième soprano de la soirée était Sima Ouahman, d’origine irano-marocaine. Après une Gita in gondola dont la structure strophique répétitive aurait gagné à plus de variété dans l’expression, elle acquiert progressivement plus d’assurance, notamment dans le duo « Le gittane », extrait des Péchés de vieillesse, chanté avec Amandine Portelli, une mezzo-soprano possédant  une voix à la texture intéressante et à l’émission franche. On aurait toutefois souhaité, dans l’air du saule d’Otello, un jeu de clair-obscur plus approfondi et une ligne de chant plus éthérée afin d’en restituer pleinement la douce mélancolie.

Le second ténor de la soirée, l’Américain Matthew Goodheart, séduit par un timbre agréable, une émission bien placée et un legato soigné dans « La promessa », extrait des Soirées musicales. Il fera également preuve d’une belle maîtrise du chant syllabique dans le quatuor « Zito, zitto » extrait de La Cenerentola.

Enfin, le baryton-basse Luis-Felipe Sousa fait montre d’un bel aplomb dans l’air de L’Italiana in Algeri, mais aussi d’un véritable souci d’incarnation du personnage,  y compris sur le plan scénique.

Sima Ouahman, Sofia Anissimova, Matthew Goodheart et Luis-Felipe Sousa se retrouvent  finalement dans le « Zittio, zitto » de La Cenerentola qui clôt le concert. Les quatre artistes y ont proposé une prestation témoignant d’une belle précision rythmique, d’une réelle capacité d’écoute mutuelle et d’une joie de chanter particulièrement communicative.

Le public a réservé un accueil enthousiaste à cette soirée portée par l’engagement et les belles promesses des jeunes artistes de l’Académie de l’Opéra national de Paris. A noter qu’un second « Salon rossinien » est prévu le 28 mai prochain à 20 heures.

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Les artistes
Neima Fischer,  soprano
Ana Oniani, soprano
Sima Ouahman, soprano
Sofia Anisimova, mezzo-soprano
Amandine Portelli, mezzo-soprano
Matthew Goodheart, ténor
Bergsvein Toverud, ténor
Luis-Felipe Sousa, baryton-basse
 
Anastasia Martin, Louis Dechambre, Moeka Ueno, piano
Le programme

Salon rossinien I

La Gazza ladra, Ouverture piano à quatre mains
Soirées musicales, « La Gita in gondola »
« La Passegiata »
Le Comte Ory, « À la faveur de cette nuit obscure »
Otello, « Assisa a piè d’un salice »
Semiramide, « Bel raggio Lusinghier »
Soirées musicales, « La Promessa »
Soirées musicales, « Le Gittane »
L’Italiena in Algeri, « Già d’insolito ardore »
La Cenerentola, « Zitto zitto piano piano »


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Jeff CohenNeima FischerAna OnianiBergsvein ToverudMatthew Goodheart
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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