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Au Théâtre des Champs-Élysées, La Calisto de Cavalli se pare des atours du XVIIIe siècle

par Victoria Okada 7 mai 2026
par Victoria Okada 7 mai 2026

© Monika Ritterhaus

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La Calisto, Paris, Théâtre des Champs-Elysées, lundi 4 mai 2026.

En transposant La Calisto dans un XVIIIe siècle libertin et cruel, Jetske Mijnssen propose une lecture qui divise parfois, mais dont la cohérence dramaturgique finit par s’imposer. Soutenue par une distribution vocalement solide et l’engagement raffiné de l’Ensemble Correspondances, cette production rappelle combien la partition de Cavalli demeure fraîche, près de 400 ans après sa création.

Le Théâtre des Champs-Élysées reprend, pour deux représentations, la production à succès de l’édition 2025 du Festival d’Aix-en-Provence : La Calisto de Francesco Cavalli. Dans une mise en scène d’inspiration XVIIIe siècle, Jetske Mijnssen, avec la complicité de la scénographe Julia Katharina Berndt, inscrit le récit ovidien dans l’univers libertin des Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos. Le dispositif dramaturgique opère une série de glissements : Jupiter devient un Don Juan, Mercure un Leporello, Junon une Donna Elvira. La distribution, équilibrée, s’articule autour du trio formé par Lauranne Oliva (Calisto), Milan Siljanov (Jupiter) et Paul-Antoine Bénos Djian (Endymion).

Un décalage esthétique fécond

Le décor unique figure l’intérieur d’un somptueux hôtel particulier du XVIIIe siècle où les personnages évoluent en magnifiques robes et habits à la française de Hannah Clark. En son centre, une structure circulaire pivotante se transforme tour à tour en entrée, boudoir, salon ou chambre à coucher. Cette esthétique d’avant-Révolution, d’une grande cohérence plastique, crée pourtant une sensation de déséquilibre avec la musique de Cavalli, un dramma per musica composé en 1651 et encore marqué par des héritages de la Renaissance. L’oreille s’attendrait donc presque à un style classique, plus précisément galant, qui semblerait correspondre davantage à cet univers scénique. Il faut alors un certain temps pour s’adapter à ce contraste. Mais une fois entré dans l’histoire, on comprend progressivement ce parti pris : Jupiter apparaît comme un séducteur invétéré, double de Valmont, ou, plus encore, de Don Giovanni, multipliant les stratégies de conquête, ici dirigées vers Calisto. Mercure, en serviteur fidèle, endosse l’habit de Leporello et se montre, comme lui, pleinement complice de son maître.

La beauté et ses pièges

Les accessoires — chaises, table, lit à baldaquin — ainsi que le jeu des chandelles, que l’on allume et éteint au fil de l’action, renforcent cette esthétique d’une noblesse raffinée. Sous ces lumières tamisées et veloutées de Matthew Richardson, cependant, le drame se teinte de cruauté pour l’héroïne. Doublement victime du désir sans limite de Jupiter et de la jalousie presque hystérique de Junon, la jeune femme subit humiliation et violence de la part de cette dernière, au lieu d’être transformée en Grande Ourse. Quant aux dernières scènes, on frôle une forme d’absurdité : Calisto est appelée par Jupiter à rejoindre les cieux et elle se déclare heureuse. L’élévation au rang divin de la jeune nymphe semble alors effacer la violence des actes subis, et surtout, la volonté de l’auteur de cette violence. Et à la toute fin, un scénario inattendu, qui sort de nulle part : la nymphe tue son séducteur ! Par ces changements, Mijnssen veut-elle dénoncer les conditions des femmes et insister sur leurs forces ? Derrière le merveilleux de la métamorphose (que cette mise en scène ne montre pas) et la beauté esthétique de la scène, se cachent ainsi toutes les nuances de l’amour, dont certaines, aujourd’hui, interrogent. D’où la nécessité de se défier de cette beauté séduisante, qui n’exclut ni la dureté ni l’ambivalence. C’était peut-être l’intention de la metteuse en scène ?

Un plateau vocal remarquablement investi

Le plateau vocal réunit des voix réjouissantes. À la tête d’une véritable légion de chanteurs, Lauranne Oliva, jeune soprano qui s’est récemment distinguée dans Le Roi d’Ys de Lalo à Strasbourg. À la fois légère et solide, sa voix se met constamment au service d’un beau phrasé, laissant pleinement transparaître sa musicalité. À ses côtés, le contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian compose un Endymion tout aussi musical, naturel dans toute sa tessiture. Il exprime avec justesse l’espoir, la détresse et le désespoir du jeune homme aimant et aimé. L’autorité et la puissance du baryton-basse Milan Siljanov conviennent parfaitement à Jupiter, roi des cieux ; sa voix de tête, lorsqu’il se déguise en Diane, est à la hauteur de la dépravation du personnage. La situation tourne alors au comique et provoque dans la salle des rires parfois très sonores. Junon, son épouse jalouse, est merveilleusement incarnée par la mezzo-soprano Anna Bonitatibus, également Éternité dans le prologue. Son timbre charnel et dense s’impose avec éloquence lorsqu’elle abaisse Calisto. Elle recueille d’ailleurs des applaudissements nourris au moment des saluts, tout comme la mezzo-soprano américaine Sun-Ly Pierce en Diane, qui livre une belle prestation malgré une certaine froideur dans la construction du rôle. En Mercure, Dominic Sedgwick pourrait manifester davantage de caractère, en particulier dans cette mise en scène aux accents dongiovannesques. Zachary Wilder, dont la voix sonore ne manque jamais de souplesse, campe un Lymphée scéniquement plus modéré. Petr Nekoranec (Pan, une Furie et La Nature), Paul Figuier (Le Petit Satyre, une Furie et Le Destin) et José Coca Loza (Sylvain et une Furie) assument tout à fait ces personnages hybrides, même si les costumes, identiques à ceux des protagonistes, compliquent parfois leur caractérisation. En l’absence de danseurs, les chanteurs s’investissent également dans une chorégraphie de caractère, parfois comique, imaginée par Dustin Klein.

Une orchestration richement déployée

Le chef et musicologue Sébastien Daucé a, comme à son habitude, investi une énergie infatigable dans l’élaboration de sa lecture orchestrale. Dans une instrumentation élargie riche et variée, les musiciens de l’Ensemble Correspondances expriment avec subtilité et élégance tous les contrastes dramatiques, tout en préservant le timbre et la couleur propres à leurs instruments. À certains moments, Daucé adopte des tempi qui paraissent volontairement retenus, peut-être afin de mieux souligner les lignes mélodiques, comme dans le duo entre Jupiter et Calisto vers la fin de l’opéra.

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Les artistes

Calisto : Lauranne Oliva
Endimione ; Paul-Antoine Bénos-Djian
Giove / Giove-Diana : Milan Siljanov
Giunone / Eternita : Anna Bonitatibus
Diana : Sun-Ly Pierce
Linfea : Zachary Wilder
Natura / Pane / Furia : Petr Nekoranec
Mercurio : Dominic Sedgwick
Destino / Satirino / Furia : Paul Figuier
Silvano / Furia : José Coca Loza

Ensemble Correspondances, dir. Sébastien Daucé
Mise en scène : Jetske Mijnssen
Scénographie : Julia Katharina Berndt
Dramaturgie : Kathrin Brunner
Chorégraphie : Dustin Klein
Costumes : Hannah Clark
Lumières : Matthew Richardson

Le programme

La Calisto

Dramma per musica en un prologue et trois actes de Francesco Cavalli, livret de Giovanni Faustini, créé le 28 novembre 1651 au théâtre San Apollinare à Venise.
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, représentation du lundi 4 mai 2026.

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Anna BonitatibusPaul-Antoine Bénos-DjianJetske MijnssenSébastien DaucéLauranne OlivaMilan Siljanov
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Victoria Okada

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