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In memoriam : l’élégance souriante de FELICITY LOTT

par Stéphane Lelièvre 16 mai 2026
par Stéphane Lelièvre 16 mai 2026
Photo : site de l'Opéra de Lyon
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Quel joli prénom…

Un prénom en parfaite harmonie avec le visage radieux et souriant de la soprano britannique, mais aussi avec ce timbre clair, lumineux, lui aussi empreint de sourire et d’élégance.

Née à Cheltenham, Felicity Lott avait d’abord étudié la langue française (avant d’entamer sa carrière lyrique, elle fut même assistante de français dans un établissement secondaire). Parallèlement, elle se forma au chant à la Royal Academy of Music, ouvrant ainsi la voie à une carrière qui allait marquer durablement le monde du chant lyrique.

Son nom demeure intimement associé à l’univers de Richard Strauss, dont elle fut l’une des interprètes les plus raffinées. Elle incarna notamment la Maréchale et Octavian dans Le Chevalier à la rose, Christine dans Intermezzo, la comtesse Madeleine dans Capriccio ou encore Arabella. Mozart occupa également une place de choix dans son répertoire : elle fut une Comtesse inoubliable dans Les Noces de Figaro, une Pamina délicate dans La Flûte enchantée et une Donna Elvira profondément humaine dans Don Giovanni.

Mais son excellente prononciation de la langue de Molière (son français conservait cette infime nuance d’accent britannique, faisant tout son charme et toute sa saveur) lui permit aussi de s’imposer avec bonheur dans le répertoire français. Elle aborda avec succès Louise, Blanche de la Force dans Dialogues des Carmélites, La Voix humaine de Poulenc, avant de triompher, au crépuscule de sa carrière, dans deux grands rôles offenbachiens : La Belle Hélène et La Grande-Duchesse de Gérolstein. Elle servit aussi admirablement la mélodie, qu’elle défendit avec passion tout au long de sa carrière lors de nombreux récitals : ne se produisait-elle pas encore en mars 2025 au Théâtre de l’Athénée dans un programme où figuraient les noms de Kosma, Auric, Hahn, Poulenc, Messager, Offenbach ?

On retiendra de Felicity Lott un timbre à la fois lumineux et transparent, une attention constante portée au texte, une élégance et un chic incomparables, aussi bien dans la présence scénique que dans la ligne de chant. On se souviendra également de cet humour discret et irrésistible qui faisait tout le prix de ses incarnations offenbachiennes.

Felicity Lott aimait profondément la France, et la France le lui rendait bien. Invitée régulièrement sur les scènes françaises, elle y recevait, à chacune de ses apparitions, un accueil triomphal et un immense succès.

Très malade, elle espérait pourtant pouvoir encore participer à une oeuvre caritative en octobre prochain. Elle n’en aura pas eu le temps…

Felicity Lott nous manquera beaucoup… Elle nous manque déjà…

Pour la saluer et rendre hommage à son art singulier et si attachant, écoutons-la dans la romance de Belle Lurette (Offenbach) qu’elle grava en 1996 : un air qui, avec une émotion discrète dénuée de pathos, évoque la fin d’une représentation théâtrale : 

I

On s’amuse, on applaudit,
Pendant que dure la pièce.
Et puis le rideau s’abaisse
Et quelqu’un vient qui vous dit :
Demain affiches nouvelles,
Aujourd’hui plus rien à voir,
Adieu, les amis, bonsoir,
On va souffler les chandelles.

II

Un instant, mon cœur joyeux
S’est enivré de chimères,

Un tas de folles lumières
Ont dansé devant mes yeux !
Mais à présent où sont-elles ?
Autour de moi tout est noir !
Adieu, les amis, bonsoir,
On a soufflé les chandelles !

Offenbach : Belle lurette, "On s'amuse, on applaudit..."
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Felicity Lott
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

1 commentaire

Guermantes 16 mai 2026 - 21 h 55 min

Quelle tristesse !
Que de souvenirs avec elle….En récital,.elle avait l’ habitude de traduire les textes des lied pour que le public français puisse les comprendre dans leur totalité !
Dernière Maréchale de Carlos Kleiber à Tokyo ( je me souviens de la manière malicieuse qu’elle avait d’ en parler à Ève Ruggieri dans un « Musiques au coeur » resté célèbre….),.il était en projet qu’elle chante à Strasbourg dans « FOLLIES » de Sondheim…. avant l’ annulation du spectacle.
Une grande dame du chant, ô que oui !!!!

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