À la une
À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans...
Brèves d’octobre –
Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence
Ça s’est passé il y a 200 ans : création du...
Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena
PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE...
Édito de septembre –L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre
Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées
Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther de Leoncavallo
L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de saison survitaminée
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Compte renduRécitalVu pour vous

Juan Diego Flórez à Bordeaux : le portrait d’un artiste en musique

par Aurélie Mazenq 20 juin 2026
par Aurélie Mazenq 20 juin 2026
© Gregor Hohenberg
1 commentaire 5FacebookTwitterPinterestEmail
1,1K

Récital Juan Diego Flórez, Auditorium de Bordeaux, jeudi 18 juin 2026

Il est des récitals qui ressemblent à une confidence. Celui que proposait Juan Diego Flórez à l’Auditorium de Bordeaux n’avait rien de la simple succession d’airs célèbres. Construit comme un véritable portrait musical, il retraçait en creux le parcours d’un artiste, ses fidélités, ses curiosités et les étapes d’une déjà longue carrière. À travers Mozart, Rossini, l’opéra français, la zarzuela et Verdi, c’est finalement toute une vie de musique qui se dessinait devant nous.

Des débuts un peu retenus

Dès les premières pages mozartiennes, Juan Diego Flórez retrouve les qualités qui ont fait sa renommée : une ligne de chant admirablement conduite, un legato d’une grande noblesse et cette facilité déconcertante à faire vivre une phrase musicale sans jamais l’alourdir.
Pourtant, dans « Misero ! O sogno… Aura che intorno » ou les extraits de La Clémence de Titus, le ténor semble encore chercher ses appuis. Une certaine retenue, peut-être un peu de tension, donne parfois une impression de chant plus mécanique qu’à l’accoutumée. Le geste paraît moins libre et l’expression encore contenue. Rien toutefois qui puisse entamer durablement la soirée, tant on sent progressivement l’artiste s’abandonner à la musique.

Rossini, un royaume toujours familier

Le passage à Rossini marque un véritable changement d’atmosphère. Le programme a l’élégance de ne pas se contenter des pages les plus célèbres et propose au contraire plusieurs raretés que l’on entend peu en récital.
« La lontananza » dévoile un versant plus intime du chanteur. Une forme de pudeur et de nostalgie s’installe, servie par une ligne vocale toujours admirablement soutenue.
Puis vient « Quell’alme pupille », peut-être l’un des moments les plus aboutis de la première partie. Cette écriture, faite de longues phrases, de raffinement et d’ornements délicats, semble avoir été pensée pour sa voix. On y retrouve tout ce qui fait l’essence du ténor rossinien : l’élégance avant la puissance, la virtuosité sans ostentation, la lumière naturelle du timbre. L’artiste y est pleinement convaincant et retrouve cette malice et cette aisance qui font son charme.

Une parenthèse française particulièrement inspirée

L’air de Boieldieu, « Viens, gentille dame », opère une transition idéale entre classicisme et romantisme. Privé des couleurs de l’orchestre et notamment du célèbre solo de cor, le charme agit pourtant grâce au piano particulièrement évocateur de Vincenzo Scalera.
C’est sans doute dans cette page que Juan Diego Flórez paraît le plus libre durant cette première partie. Le chant retrouve sa spontanéité, les variations sont menées avec une remarquable maîtrise du souffle et l’on sent l’artiste reprendre pleinement possession de son récit musical.

Les racines retrouvées de la zarzuela

Après l’entracte, le récital prend une tournure plus personnelle encore. Les extraits de zarzuela ne sont pas de simples incursions exotiques : ils renvoient directement aux origines du ténor péruvien et à son propre parcours de musicien.
Dès « Flores purísimas », le chanteur apparaît transformé : plus souriant, plus détendu, plus immédiatement communicatif. Cette musique semble parler une langue qui lui est naturellement familière.
Dans ces pages, il déploie une palette de nuances particulièrement séduisante, avec cette capacité rare à alléger la voix sans jamais perdre la ligne. L’émotion y circule avec une simplicité désarmante.

L'opéra français entre deux visions de l'amour

« Pourquoi me réveiller ? » de Werther est défendu avec beaucoup de soin et une réelle sincérité musicale. On peut toutefois rester plus réservé sur l’adéquation entre cette vocalité lumineuse et le désespoir plus sombre du personnage de Massenet.
En revanche, « Ah ! lève-toi, soleil ! » semble lui convenir idéalement. Juan Diego Flórez y retrouve un Roméo jeune, émerveillé, presque suspendu devant la découverte de l’amour. La diction française demeure soignée, les nuances délicates et le legato d’une grande élégance. On y croit pleinement, et l’on est impatient de retrouver le ténor dans l’intégralité du rôle à l’Opéra Bastille, dans un an très exactement. 

Une conclusion verdienne comme un accomplissement

Avec Oronte des Lombardi, le récital atteint une autre dimension. Longtemps associé exclusivement au bel canto, Juan Diego Flórez montre ici combien sa voix a évolué.
La souplesse et le raffinement demeurent intacts, mais s’y ajoute désormais une densité émotionnelle plus affirmée. Cet air agit comme un aboutissement logique du programme : après Mozart, Rossini, l’opéra français, voici le temps d’un Verdi encore lyrique mais déjà plus ample. Le portrait musical est alors complet.

Une générosité qui n'en finit plus !

Et puis la soirée aurait pu s’arrêter là. Elle se prolongea pourtant pendant près de trente minutes supplémentaires avec pas moins de cinq bis.
Guitare à la main, Juan Diego Flórez instaure une proximité nouvelle avec la salle. Dans « Bésame mucho », il chante presque à voix basse, dans une forme de confidence qui retient immédiatement l’attention. La sensualité du phrasé et l’intelligence du texte suffisent à captiver le public.
« Cucurrucucú Paloma » offre un autre moment suspendu, porté par de longues lignes et une remarquable liberté rythmique. On y retrouve son goût pour la mezza voce et sa manière très personnelle de raconter une histoire.
Enfin, les contre-ut de La Fille du régiment, lancés avec un plaisir manifestement partagé avec le public, puis l’inévitable « Granada » viennent clore une soirée placée sous le signe du partage.

Ce concert bordelais aura finalement ressemblé à son interprète : élégant, généreux et profondément sincère. Plus qu’une démonstration de virtuosité, il aura proposé le récit d’une vie de musique, avec ses fidélités et ses évolutions.
Le public bordelais pourra d’ailleurs mesurer sa chance : ce programme, repris en grande partie au cours de l’été, notamment à la Quincena Musical de Saint-Sébastien puis au Festival de Salzbourg, avait ce soir-là le parfum particulier des grandes étapes avant le voyage.
Et si quelques pages ont pu sembler plus prudentes ou moins idiomatiques, elles n’ont jamais altéré l’impression dominante laissée par la soirée : celle d’un artiste qui, après près de trente ans de carrière, continue de chanter avec la même curiosité, la même élégance et surtout une générosité qui demeure sa plus belle signature.

  • Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Les artistes

Juan Diego Flórez, ténor

Vincenzo Scalera, piano

Le programme

Wolfgang Amadeus Mozart
« Misero! O sogno… Aura che intorno« , K. 431
« Del più sublime soglio« , extrait de La Clémence de Titus
« Se all’impero, amici Dei!« , extrait de La Clémence de Titus

Gioachino Rossini
Une bagatelle, extrait des Péchés de vieillesse (piano seul)
“La lontananza”, extrait de La pietra del paragone
« Quell’alme pupille« , extrait de La pietra del paragone

François-Adrien Boieldieu
« Viens, gentille dame », extrait de La dame blanche

Entracte

Ruperto Chapí
« Flores purísimas« , extrait de El milagro de la virgen

Amadeo Vives
« Por el humo se sabe dónde está el fuego« , extrait de Doña Francisquita

Agustín Pérez Soriano
“Suena, guitarrico mío”, extrait de El guitarrico

Ernesto Lecuona
Mazurka Glissando (piano seul)

Jules Massenet
« Toute mon âme est là !… Pourquoi me réveiller ? », extrait de Werther

Charles Gounod
“L’amour!… Ah, lève-toi, soleil!”, extrait de Roméo et Juliette

Benjamin Godard
Berceuse, extrait de Jocelyn (arrangement pour piano seul)

Giuseppe Verdi
« La mia letizia infondere… Come poteva un angelo”, extrait de I Lombardi 

Récital donné à l’Auditorium de Bordeaux le jeudi 18 juin 2026

image_printImprimer
Juan Diego Flórez
1 commentaire 5 FacebookTwitterPinterestEmail
Aurélie Mazenq

Critique musicale passionnée, Aurélie Mazenq fréquente les théâtres lyriques comme on entreprend un voyage : avec curiosité, émerveillement et l'envie intacte de se laisser surprendre. Des grandes scènes européennes aux maisons plus confidentielles, elle collectionne moins les spectacles que les émotions. À travers ses chroniques, elle aime partager ces vibrations invisibles qui naissent entre les artistes et le public, et qui font de chaque représentation une expérience unique.

1 commentaire

Philippe Lafaye 20 juin 2026 - 17 h 06 min

Merci pour ce très bel article. Je ne parviens jamais à trouver les mots justes pour décrire mes émotions à la suite d’un concert ou d’un récital, ce que vous avez fait pour moi. J’ai ressenti ce que vous avez décrit : un début assez « prudent » sans altérer la qualité de la prestation et une suite d’une très grande générosité.
Une chose ma gênée cependant : l’ incorrection du public incapable de se priver de téléphone portable pendant deux heures, filmant l’artiste et plutôt bruyant. Pourtant reconnaissant avec une standing ovation à la fin des rappels.

Répondre

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Naples, Adriana Lecouvreur : Et l’ombre de Magda Olivero plana sur le San Carlo…
prochain post
Rendez-vous annuel : la Folle soirée de Radio Classique au Théâtre des Champs-Élysées

Vous allez aussi aimer...

À Lille, les voix de la magicienne Alcina...

9 octobre 2026

Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de...

5 octobre 2026

Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre...

5 octobre 2026

WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première

5 octobre 2026

A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme...

4 octobre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Brèves d’octobre –

    9 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Béatrice Uria-Monzon : biographie, carrière et vie privée - MarseilleJournal.com dans In memoriam – Béatrice URIA-MONZON (1963-2025)
  • Teulon Lardic Sabine dans Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement à l’amiable : Nabucco a le titre, Abigaïlle la couronne !
  • Vuillemin dans Rusalka au Capitole, quatre ans après, la magie de Poda demeure
  • Boeuf dans Manon des Sources, Pagnol à l’Odéon de Marseille
  • COIC dans À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par une distribution d’exception

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

À Lille, les voix de la...

9 octobre 2026

Découvrez le programme 2027 du Festival...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026