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Les festivals de l’été –
Le Festival de la Valle d’Itria ressuscite Provenzale, et révèle un chef-d’œuvre : Il schiavo di sua moglie

par Jean-François Lattarico 28 juillet 2026
par Jean-François Lattarico 28 juillet 2026

© Cinzia Coppolecchia

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Il schiavo di sua moglie, Festival della valle d'Itria, vendredi 24 juillet 2026

Dans le ravissant cloître del Carmine, à l’entrée de la vieille ville de Martina Franca, Antonio Florio redonne vie à Il schiavo di sua moglie, l’une des deux partitions lyriques conservées du maître napolitain. Une recréation magnifiée par de jeunes chanteurs enthousiastes, une direction superlative et une mise en scène d’une sobre efficacité.

Depuis près de quarante ans, on doit au chef Antonio Florio la redécouverte d’un richissime répertoire napolitain des XVIIe et XVIIIe siècles. Ses nombreuses gravures pour « Opus 111 » et la défunte collection « Tesori di Napoli », ont révélé une impressionnante série de chefs-d’œuvre, dont l’unique opéra-bouffe conservé de Leonardo Vinci, Li zite ‘n galera (entré récemment au répertoire de la Scala) et l’opéra sacré de Provenzale, La colomba ferita. Francesco Provenzale est l’auteur d’une abondante production sacrée, pour la plupart conservée à la Bibliothèque napolitaine des Gerolamini, et de plusieurs opéras, dont seuls titres ont survécu, La stellidaura vendicante, donné et enregistré au Festival d’Innsbruck en 2012, et ce Schiavo di sua moglie, dont Florio avait déjà enregistré quelques extraits, et que la 52e édition du Festival de la Valle d’Itria exhume enfin.

Représenté au Palais Royal de Naples le 21 avril 1672, il s’agit d’un des premiers opéras mettant en scène le mythe des Amazones, sujet qui fera florès tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles. L’action, complexe et riche en rebondissements, mêle intrigue guerrière (le combat des Amazones contre Antiope) et intrigue sentimentale (la rivalité des deux sœurs, Ippolita et Menalippa), compliquée par l’arrivée d’Hercule et de Thésée, le premier tombant sous le charme de Menalippa, tandis qu’Ippolita, oubliant son époux Leucippe qu’elle croît mort et qui n’est autre que Timante se faisant passer pour son frère jumeau, est séduite par le second. Aidé par Atreste, le seul à connaître son identité, il feint d’avoir été tué lors d’un combat contre les Amazones et se présente sous le nom de Sélim (troisième identité !), un prisonnier turc au sabir savoureux, qu’Hercule offre à Menalippa en gage de son amour, devenant ainsi « Esclave de son épouse », titre de l’opéra.

Jalousies, quiproquos, scènes comiques, avec le page Lucillo, dont les duos avec la vieille nourrice rappellent les scènes de badinage amoureux du Couronnement de Poppée, et l’inénarrable Sciarra, qui s’exprime en napolitain et commente vertement les déboires amoureux des personnages de haut rang. Hercule finit par renoncer à Menalippa, permettant ainsi aux deux couples d’amoureux de se retrouver.

Si l’intrigue est mythologique, les dieux en sont absents, et le mélange des registres, la part importante du comique et, musicalement, des pages pathétiques, sont typiques de l’opéra napolitain, qui reprend cependant de nombreux topoï de l’opéra vénitien (lamenti, scène de sommeil, airs de fureur, canzonette, etc.), sans toutefois tomber dans les excès de virtuosité gratuite que connaît précisément l’opéra à Venise dans le dernier tiers du Seicento.

Donné dans une version hélas raccourcie, d’une durée de deux heures sans entracte (ont été sacrifiés le prologue encomiastique et de nombreux récitatifs, tandis que l’opéra prévoyait également un « anti-prologue », deux intermèdes et deux ballets, dont la musique n’a hélas pas survécu), l’œuvre garde néanmoins toute sa cohérence. Si l’on peut regretter parfois que les airs se succèdent sans le liant nécessaire des récits, la richesse musicale de l’œuvre est impressionnante, dominée par les airs pathétiques et les formes closes moralisantes des personnages comiques (une quarantaine d’arias, mêlant airs solistes, ariosi, duos, quatuors).

La metteuse en scène italo-argentine Rita Cosentino, habituée du Festival, a réalisé un travail d’une grande sobriété, dramatiquement efficace : magnifiques fresques sur le mur du fond de scène, représentant des combats à cheval, faussement décaties dans l’esprit théâtre des Bouffes du Nord, mur percé de deux ouvertures qui permettent l’entrée et la sortie des personnages et à certains d’écouter en aparté. Les costumes simples, parfois raffinés, notamment pour les deux personnages comiques de Sciarra et Lucillo, concoctés par Carla Galleri, contribuent à la réussite de l’ensemble. Mais on doit surtout saluer le formidable travail des jeunes chanteurs, tous issus de l’Accademia Bel Canto « Rodolfo Celletti » de Martina Franca, pleinement investis dans leur rôle et, pour la plupart, d’un excellent niveau.

Les deux rôles principaux d’Ippolita et de Menalippa, vocalement exigeants et musicalement fascinants sont fort bien défendus ; la première par Francesca Palitti, timbre un peu vert mais vaillant et qui se déploie avec aisance dans le registre aigu ; ses airs sont surtout véhéments, à l’image de son air d’entrée, « Armi, sdegni, furori ». Elle forme un splendide duo avec sa sœur (« O fieri pensieri »), campée par Liliana Zolotoukhina, soprano dramatique au timbre magnifiquement projeté et au riche medium. C’est à elle qu’échoient les plus beaux airs de la partition, dont le célèbre et très émouvant lamento du premier acte (« Lasciatemi morire, stelle crudeli ») et celui, encore plus sublime, du 3e acte (« Io pur vi miro, floridi prati »), d’une simplicité bouleversante pré-haendeliénne, qui précède la merveilleuse scène de sommeil. Le Timante du jeune ténor Michele Galbiati est l’une des révélations de cette production : superbe prestance, voix fluide, d’une grande homogénéité, capable de s’adapter à ses différents rôles, avec une aisance stupéfiante, passant sans heurt du lamento à l’arioso, et à l’aria di sdegno (« Parlerò, pugnerò, morirò »), avec la même réussite. L’autre ténor Angelo Testori, incarne un Thésée très convaincant, grâce à une belle voix sonore, une présence électrisante, à peine entachée par une projection nasillarde dans les aigus. Excellente prestation de l’Hercule de Mauro Pedrero, baryton-basse de très grande classe, malgré son jeune âge, à la diction sans faille, qui séduit par cet art subtil parfaitement maîtrisé de lier le stile concitato avec une éloquence idoine (notamment dans son superbe « Non più guerra, non più » du I). Dans le rôle d’Atreste, confident de Timante, Chiara Scannapieco déploie un beau timbre de contralto, même si les graves manquent parfois de rondeur et que se posent quelques légers problèmes de justesse. Son chant principalement syllabique est marqué par sa tonalité morale (« Chi ne’ lacci d’amor », au début du III), tonalité qui caractérise davantage encore les interventions des personnages comiques. Valerio Ilardo est un Sciarro espiègle, parfait acteur, avec une bonne maîtrise du napolitain (« Serve anticua ch’è quase seccuta », et irrésistible « Me sento na cosa »), ayant souvent le dernier mot à la fin des actes, avec son complice Lucillo, interprété par la soprano Francesca Lo Verso, qui divertit le public surtout par ses duos ironiques avec la vieille nourrice Melinta, défendue par l’irrésistible Candida Guida, dont les multiples interventions mêlent humour érotique (« Per volto moro mi struggo il core ») et admonestations moralisantes (« La retorica d’amore »), faisant ainsi preuve de pédagogie, comme son aînée chez Monteverdi, envers le jeune page.

À la tête de sa toujours formidable Cappella Neapolitana, Antonio Florio dirige avec un sens aigu du théâtre toujours intact, maîtrisant comme personne, avec une subtile précision, le fragile équilibre entre le drame toujours mouvant qui se joue sur scène, et les instruments qui accompagnent les voix et dialoguent avec elles, avec non moins d’éloquence. Sans doute la plus belle soirée du Festival. 

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Les artistes

Ippolita, Francesca Palitti
Menalippa , Lilliana Zolotoukhina
Lucillo, Francesca Lo Verso     
Atreste : Chiara Scannapieco              
Timante : Michele Galbiati
Teseo : Angelo Testori
Sciarra : Valerio Ilardo
Melinta : Candida Guida   
Ercole :Mauro Pedrero

Cappella Neapolitana, dir. Antonio Florio 

Rita Cosentino regia e scene
Carla Galleri costumi

Le programme

Il schiavo di sua moglie

Dramma per musica in un prologo e tre atti di Francesco Provenzale, libretto di Francesco Antonio Paolella. Prima rappresentazione: Napoli, Palazzo Reale, 21 aprile 1672

Revisione dal manoscritto di Antonio Florio

Martina Franca, Festival della valle d’Itria, vendredi 24 juillet 2026


 

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Francesca PalittiLiliana ZolotoukhinaMichele GalbiatiMauro Pedrero
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Jean-François Lattarico

Professeur des Universités en études italiennes à l'université Lyon 3 Jean Moulin, spécialiste de l'opéra des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a publié l'édition critique des livrets de Busenello, ainsi qu'un ouvrage sur les animaux à l'opéra (Le chant des bêtes), tous deux parus chez Classiques Garnier.

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