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Streaming – La Dame Blanche à l’Opéra de Limoges

par Stéphane Lelièvre 4 avril 2021
par Stéphane Lelièvre 4 avril 2021
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L’Opéra de Limoges propose une sympathique Dame Blanche, où s’illustre notamment une excellente Mélissa Petit et un Julien Dran semblant avoir atteint la parfaite maîtrise de ses très beaux moyens !

Décidément, depuis la reprise de l’Opéra-Comique en février 2020, La Dame Blanche n’en finit plus de hanter les scènes lyriques françaises : après Rennes en décembre dernier puis Nice en janvier 2021, c’est au tour de l’Opéra de Limoges de proposer sa vision du chef-d’œuvre de Boieldieu, dans une version captée sans public, visible sur Première Loge à la fin de cet article. 

La Dame blanche, ou plutôt Le Mystère de la Dame blanche : l’œuvre a en effet été légèrement adaptée pour être covido-compatible : elle est un peu raccourcie, les chœurs sont assis au parterre, les chanteurs évoluent en costumes mais sans décors devant l’orchestre dans une mise en espace simple mais fort habile signée Sergio Simon. Soulignons au passage la probité de l’Opéra de Limoges qui, ayant quelque peu simplifié et modifié l’œuvre originelle, prend soin de la rebaptiser (alors que l’essentiel de la musique est bien là et que l’esprit de l’opéra-comique originel est parfaitement respecté). D’autres théâtres n’ont pas ces scrupules, même lorsqu’ils proposent un spectacle n’ayant plus grand chose à voir avec l’œuvre qui l’a inspiré !

Après sa très belle prestation dans Rusalka en janvier dernier, l’orchestre de l’Opéra de Limoges confirme qu’il est décidément l’une des formations de province de grande qualité : aux couleurs chaudes et chatoyantes du romantisme tardif de Dvořák, il oppose ici, sous la direction pleine de vie d’un Fayçal Karoui adoptant très souvent des tempi assez rapides, des sonorités plus tranchées, plus vertes, colorant la partition de Boieldieu de teintes vives et contrastées parfaitement adaptées à l’esprit de l’œuvre. Le chœur n’est pas reste, qui, des fauteuils d’orchestre, participe avec enthousiasme au déroulé de l’action.

L’Opéra de Limoges a réuni pour l’occasion une belle équipe de second rôles : on retrouve avec plaisir la Jenny pétulante et un rien acidulée de Sophie Marin-Degor, qui interprétait déjà le rôle salle Favart et à Nice. Son Dickson est un François Rougier bien en voix et excellent comédien. Jean-Luc Ballestra est un Gaveston désagréable à souhait, même si l’on souhaiterait une émission plus franche et plus arrogante pour traduire le côté cassant du personnage.   Marie Lenormand est une Marguerite qui, comme sa consœur germanique, file le rouet en chantant parfaitement ses couplets.

Quant à Mélissa Petit, il s’agit pour nous d’une belle découverte : nous ne l’avions jusqu’ici entendue que dans des petits emplois, telle la Giannetta de L’Elisir d’amore à l’Opéra de Paris. Le rôle d’Anna, sans être énorme, permet cependant à la chanteuse de faire valoir de très belles qualités, notamment dans son air du troisième acte « Comme aux jours de mon jeune âge » : la voix est longue, richement colorée, souple, agile… De quoi nous donner envie de réentendre très vite cette interprète, si possible en France où, nous semble-t-il, elle ne se produit pas si souvent que cela…

Mélissa Petit - © Christophe Serrano OnP
Julien Dran - © D.R.

Mais La Dame Blanche, en dépit d’une héroïne éponyme, est avant tout un opéra de ténor et nous attendions avec impatience d’entendre Julien Dran dans le rôle de Georges Brown. Il s’y montre en tout point épatant : d’un « Ah, quel plaisir d’être soldat ! » irrésistible d’entrain à un « Viens, gentille dame » poétiquement ciselé, tout est là : la ligne de chant est d’une extrême souplesse, les nuances parfaites, l’homogénéité du timbre est préservée jusqu’aux deux extrêmes de la tessiture, l’aigu est d’une facilité déconcertante… L’incarnation est par ailleurs parfaitement convaincante, toute empreinte de virilité, de tendresse, et du charme propre au personnage imaginé par Scribe. Le ténor semble avoir atteint aujourd’hui la parfaite maîtrise de ses moyens, au point que nous nous en voulons de l’avoir très injustement oublié dans notre galerie des ténors français de novembre dernier. Puissions-nous bientôt entendre bientôt à Paris ce bel interprète, qui excelle en Tonio, Edgardo ou Nadir, dans des emplois plus intéressants que le Gastone de La Traviata ou le Matteo Borsa de Rigoletto que lui propose l’Opéra de Paris !

Les artistes

Anna   Mélissa PETIT
Jenny   Sophie MARIN-DEGOR
Marguerite   Marie LENORMAND
Georges Brown   Julien DRAN
Gaveston   Jean Luc BALLESTRA
Dickson   François ROUGIER
MacIrton   Édouard PORTAL

Orchestre et chœur de l’Opéra de Limoges, dir.  Fayçal Karoui
Mise en espace Sergio Simon

Le programme

Le Mystère de la Dame blanche, d’après La Dame blanche

Opéra-comique en trois actes de François Adrien Boieldieu, livret d’Eugène Scribe d’après Guy Mannering et Le Monastère de Walter Scott, créé le 10 décembre 1825 à l’Opéra-Comique.

Capté à l’Opéra de Limoges en mars 2021.

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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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