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Les festivals de l’été – Jeanne Gérard, une intelligence musicale aux Estivales en Médoc

par Gilles Charlassier 30 juillet 2021
par Gilles Charlassier 30 juillet 2021
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Depuis plus de quinze ans, les Estivales en Médoc investissent les châteaux – et les chais – de cette langue de terre girondine aux bords du plus grand estuaire d’Europe. Après un cru 2020 reporté pour cause de crise sanitaire, l’été 2021 signe le retour de la musique et du public pour une programmation fidèle à son projet initial : mettre en avant les jeunes lauréats des concours internationaux, avec, à l’issue de chacune des soirées, une dégustation du vin de l’hôte. Le palmarès des concerts illustre à lui seul la devise du festival – « le choix de l’excellence, le pari de la jeunesse » – et dit combien le président, Jacques Hubert, et le directeur artistique, Hervé N’Kaoua, anticipent les têtes d’affiche de la nouvelle génération, pour le plus grand plaisir des mélomanes girondins. C’est d’ailleurs ce dernier  qui accompagne, au Château Lascombes-Margaux, une des plus remarquables sopranos de la relève du chant français, nominée cette année dans la catégorie « Révélation artiste lyrique » pour les Victoires de la musique, Jeanne Gérard (récemment applaudie en Sophie de Werther et en récital à Paris), dans un récital construit avec une remarquable intelligence, et commenté par Frédéric Lodéon, le parrain de la manifestation.

Dupliqué en deux concerts, l’un à 18 heures 30, l’autre à 20 heures 30, pour des questions de prévisions de jauge en lien avec les contraintes actuelles, le programme s’ouvre sur trois mélodies romantiques qui mettent en avant le sens de la ligne de chant. Musicien de la seconde moitié du dix neuvième siècle connu essentiellement pour sa collation d’airs antiques rendant hommage au répertoire baroque et classique, Parisotti n’a pas hésité à reconstituer des pastiches, à l’instar de Remo Giazotto avec l’incontournable Adagio d’Albinoni. À la différence de ce dernier, la source déclarée de Pergolèse de Se tu m’ami n’a jamais été retrouvée. La contrefaçon n’en garde pas moins une fraîcheur et une simplicité dans la ligne que la soliste fait ressortir avec un beau naturel. On retrouve ces qualités dans deux pages d’un des plus grands mélodistes du bel canto, Malincolina et Vaga luna de Bellini, avec une justesse de sentiment accompagnée avec tact par Hervé N’Kaoua. Le rubato  calibré et la modulation de l’intensité du toucher du pianiste révèlent toute la délicate pudeur du Nocturne en si bémol majeur n°1 op. 9 de Chopin.

Après cet intermède instrumental, Jeanne Gérard revient, toujours pieds nus, avec Trois sonnets de Pétrarque de Liszt, où la partie de clavier rehausse de manière lumineuse les trois numéros que l’on connaît mieux dans la réécriture pour piano seul intégrée à la deuxième volume des Années de pèlerinage. Au fil des trois sonnets – n°s 104, 47 et 123 – l’inspiration méditative et la fluidité de la déclamation, parfois aux confins du récitatif, sont servis avec intelligence par la soprano française, attentive aux inflexion du texte et de son écho pianistique. La Paraphrase sur Rigoletto de Liszt prolonge la plongée dans l’univers du maître hongrois avec un avatar de transcription de scènes des plus grands ouvrages lyriques de son temps. Ici, le quatuor du troisième de Rigoletto résonne avec un resserrement virtuose où l’ivoire prend le relais de la polyphonie théâtrale et vocale. C’est d’ailleurs avec un autre extrait du second volet de ce que l’on appelle usuellement la « Trilogie populaire » de Verdi que se referme un spicilège intelligemment composé, où les pièces se répondent avec une remarquable cohérence. Tiré du dernier acte de La Traviata, « Addio del passato » fait affleurer le dénuement affectif d’une Violetta plongée dans ses souvenirs, au seuil du trépas. Avec une belle économie en synchronie avec la décantation de la page, Jeanne Gérard fait vibrer l’émouvante fragilité du personnage, sans jamais forcer l’expression. En bis, un shot de comédie musicale donne un viatique plus souriant pour la nuit médocaine, où, comme le veulent les Estivales, se conjuguent le plaisir et l’excellence musicale.

Les artistes

Jeanne Gérard : soprano

Hervé N’Kaoua : piano

Le programme
– Se tu m’ami (Parisotti)
– Malinconia (Bellini)
– Vaga luna (Bellini)
– Nocturne op 9 n 1 (Chopin)
– 3 sonetti di Petrarca (Liszt)
– Paraphrase sur Rigoletto (Liszt)
– La Traviata, « Addio del passato » (Verdi)

Récital Jeanne Gérard, 12 juillet 2021, Château Lascombes-Margaux, Festival Estivales musique en Médoc.

Jeanne Gérard
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Gilles Charlassier

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