À la une
À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans...
Brèves d’octobre –
Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence
Ça s’est passé il y a 200 ans : création du...
Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena
PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE...
Édito de septembre –L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre
Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées
Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther de Leoncavallo
L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de saison survitaminée
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Compte renduRécitalVu pour vous

Le Festival Berlioz et la pianiste Aline Piboule font resplendir la Côte-Saint-André

par Fanny Bousquet Balian 28 août 2021
par Fanny Bousquet Balian 28 août 2021
0 commentaires 4FacebookTwitterPinterestEmail
1,7K

Crédit photos : © Jean-Baptiste Millot

La talentueuse pianiste Aline Piboule a proposé un récital d’exception à l’église de la Côte St André, faisant découvrir au public des compositeurs injustement méconnus. Le Festival Berlioz sans Berlioz et un article Première Loge… sans voix !

Vêtue d’une robe mordorée, la pianiste met à l’honneur César Franck (1822-1890) par son interprétation de Prélude choral et fugue FWV 21. Le legato des arpèges est admirablement réalisé, les mains gauche et droite se croisent tour à tour sans se heurter, suggérant un clair-obscur musical continu. Le tourbillon de notes à la main gauche évolue vers des aigus qui s’échappent par des notes piquées. Le thème à la main droite est repris à la main gauche puis transposé dans différentes tonalités et s’affirme en crescendo à grand renfort de notes. Les arpèges se finissent en envolée, l’atmosphère onirique de César Franck est parfaitement suggérée par la pianiste qui fait un usage judicieux de la pédale d’un beau Steinway. La composition de cette œuvre est un hommage à Jean-Sébastien Bach, les techniques de jeu d’orgue sont adaptées au piano et offrent un éventail de possibilités expressives et sonores tout à fait original.

S’ensuivent des extraits de Paysages et Marines, opus 63 de Koechlin (1867-1950). Ces pièces sont de véritables méditations sur la nature et donnent à percevoir une appréhension toute spécifique du temps. D’une composition plutôt minimaliste, Matin calme commence avec des notes cristallines que la main droite fait tinter et qui ne sont pas sans évoquer la rosée du matin. La légèreté du jeu est remarquable et l’alternance mineur/majeur effectuée sans rupture suggère tout à fait l’oscillation matutinale du crépuscule à l’aube. Les pièces suivantes, Promenade vers la mer, La chanson des pommiers en fleurs et Dans les grands champs font entrevoir une hétérogénéité sonore où toute une variété de couleurs est exprimée sans qu’elle soit cantonnée à une seule palette. En somme, les catégorisations musicales sont renversées, les frontières entre les genres et les registres s’estompent et une musique à la jonction entre minimalisme et fauvisme se fait entendre. En effet, l’on perçoit incidemment la gamme orientale, des accords sont martelés avec vigueur puis la douceur reprend ses droits. La musique fluctue à l’instar des impressions de l’âme, de l’appréhension subjective de la nature. Des motifs sont transposés plusieurs fois puis ornementés. La présence soutenue des graves évoque la mélancolie et certains ralentis font deviner les prémices du jazz qui s’esquissent alors. Des trilles sont entrepris puis la musique se ravise, l’on est surpris par des changements subito de nuances et l’on se laisse bercer. L’usage fréquent de la pédale crée un espace de plénitude. La pianiste est attentive aux subtilités de la partition et montre beaucoup de délicatesse dans le phrasé. L’hétérogénéité tonale rappelle en littérature Joyce et le nouveau roman. La ponctuation décousue s’illustre à travers une rêverie musicale fantasque et intimiste.

La pianiste nous fait alors découvrir les clairs de lune d’A. Decaux (1869-1943), surnommé le Schönberg français. Ce compositeur, organiste de formation, nous délivre dans un style expressionniste des pièces qui font pendant à celles de Debussy, dans une atmosphère plus sombre. Minuit passe fait entendre les douze coups de minuit dans les graves. Les aigus filent comme happés par une nuit inquiétante, les descentes chromatiques de demi tons en demi tons dessinent un chemin mélodique interrompu en demi-cadence et l’incertitude de la nuit est scandée par les coups de cloches comme sonne le glas. L’insistance réitérée sur une seule note aiguë illustre admirablement l’écho des sons de cloche et fait entendre, au-delà du clavier, la vibration des cordes du piano. 

Enfin, ce sont les Types de P.O. Ferroud (1900-1936) qui sont interprétés, version contemporaine des Caractères de La Bruyère. Inspiré de la musique de Florent Schmitt, le compositeur dresse trois caricatures, celle du vieux beau qui se pavane, jouée avec beaucoup d’ironie par la pianiste grâce à des staccato sentis, celle de la bourgeoise de qualité dont les nuances subito qui la caractérisent portent à sourire, puis celle du businessman dont l’affairement est rendu par un foisonnement de notes et les différentes tractations par une agilité appuyée au piano. 

Applaudie à sa juste valeur, la pianiste propose alors en bis le fameux clair de lune de Debussy avant de terminer sa prestation par la Romance de Fauré, jouée pour un proche.

Les artistes

Aline Piboul, pianiste

Le programme

Œuvres de Claude Debussy Abel Decaux, Gabriel Fauré Pierre-Octave Ferroud, César Franck et Charles Koechlin

Festival Berlioz, Eglise de la Côte-Saint-André, jeudi 26 août 2021

image_printImprimer
Aline Piboule
0 commentaires 4 FacebookTwitterPinterestEmail
Fanny Bousquet Balian

Fanny Bousquet l'opéra au sein du chœur d'enfants de l'opéra de Nice sous la direction de Philippe Négrel. Elle intègre ensuite les classes de chant maîtrisien et de chant lyrique soliste du conservatoire de Nice. Après trois années de classes préparatoires littéraires, elle consacre son mémoire de Master à la question de l'altérité à travers la voix dans l'opéra Turandot. Elle est licenciée d'arménien et mène une activité de journaliste culturelle, particulièrement sensible à la notion d'orientalisme.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Master class : ATELIER BELCANTO de Bruno De Simone et Alessandra Rossi à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège
prochain post
TERESA ŻYLIS-GARA (1930-2021)

Vous allez aussi aimer...

À Lille, les voix de la magicienne Alcina...

9 octobre 2026

Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de...

5 octobre 2026

Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre...

5 octobre 2026

WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première

5 octobre 2026

A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme...

4 octobre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Brèves d’octobre –

    9 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Béatrice Uria-Monzon : biographie, carrière et vie privée - MarseilleJournal.com dans In memoriam – Béatrice URIA-MONZON (1963-2025)
  • Teulon Lardic Sabine dans Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement à l’amiable : Nabucco a le titre, Abigaïlle la couronne !
  • Vuillemin dans Rusalka au Capitole, quatre ans après, la magie de Poda demeure
  • Boeuf dans Manon des Sources, Pagnol à l’Odéon de Marseille
  • COIC dans À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par une distribution d’exception

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

À Lille, les voix de la...

9 octobre 2026

Découvrez le programme 2027 du Festival...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026