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Powder Her Face de Thomas Adès à Turin – De chambre, doublement

par Laurent Bury 14 mars 2023
par Laurent Bury 14 mars 2023

© Andrea Macchia – Teatro regio di Torino

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Saison faste pour Thomas Adès en Italie ; après La Tempête à la Scala de Milan, Powder Her Face est monté par le Teatro Regio de Turin.

Alors que l’Opéra de Paris semble enfin décidé à inscrire prochainement une des œuvres de Thomas Adès à son répertoire (il est question de L’Ange exterminateur, dans une nouvelle production), le compositeur britannique connaît en Italie une saison 2022-23 particulièrement faste : après La Tempête à la Scala de Milan en novembre dernier, c’est au tour du Teatro Regio de Turin de présenter le tout premier de ses opéras, le très scabreux Powder Her Face.

C’est en 1995 que fut créé cet opéra de chambre, qui mérite doublement cette appellation : de même que Joyce, dans Ulysse, qualifie de « musique de chambre » le bruit d’un pot de chambre, cet opéra de chambre se passe la plupart du temps… dans une chambre, puisque toute l’intrigue tourne autour de l’appétit sexuel apparemment insatiable de la duchesse d’Argyll (1912-1993). Qui dit opéra de chambre dit bien sûr cadre aux dimensions adaptées, et ce n’est donc pas dans la grande salle turinoise, mais dans le « Piccolo Regio » que sont données les représentations.

C’est dans la chambre de la duchesse que Paolo Vittoria situe sa mise en scène, chambre où trône un grand lit, dont le mur du fond est percé par des multiples portes qui s’ouvriront tour à tour, et où quelques accessoires permettent d’indiquer l’année où se déroule chaque scène ou de suggérer un lieu différent, comme le tribunal pour la scène du procès, par exemple. Les changements de costumes permettent de caractériser les multiples personnages qu’incarnent les trois chanteurs entourant l’interprète de la duchesse (on remarque notamment le déguisement d’inspecteur Clouseau qu’arborent les deux badauds de la scène 6). Un danseur ajoute un personnage muet, fétichiste des chaussures, tandis que le recours à la lumière noire propose une solution élégante pour la fameuse scène de fellation.

À la tête de l’orchestre d’une quinzaine de musiciens, le très jeune chef Riccardo Bisatti (né en 2000) dirige une musique dont, par-delà les références au tango, au jazz ou à Schubert, on devine la grande complexité d’écriture. Dans cette salle dépourvue de fosse, les cuivres semblent presque excessivement présents.

La basse Lorenzo Mazzucchelli est celui des quatre chanteurs qui a le moins de temps de présence : c’est dans le rôle du juge qu’il a le plus à faire, et l’on regrette que son falsetto, très sollicité par cette scène, ne soit pas plus sonore. Abonnée aux petits rôles au Teatro Regio (récemment Berta du Barbier, la prêtresse dans Aida, prochainement Kate Pinkerton), la soprano Irina Bogdanova – à ne pas confondre avec la pianiste qui est son exacte homonyme – se voit ici confier le rôle-titre, dont elle donne une image pugnace, presque dure. Peut-être parce que la partition les a gâtés, l’attention se focalise en grande partie sur les deux rôles à transformation : le ténor Thomas Cilluffo montre une grande aisance sous ses costumes variés, et la soprano autrichienne Amélie Hois ne fait qu’une bouchée des différentes interventions destinée à une colorature à la Zerbinette, cette maestria laissant présager qu’elle sera sans doute une brillante Marie dans La Fille du régiment le mois prochain dans la grande salle du Teatro Regio.

Les artistes

La duchessa : Irina Bogdanova
La cameriera : Amélie Hois
L’elettricista : Thomas Cilluffo
Il direttore dell’hotel : Lorenzo Mazzucchelli

Orchestre du Teatro Regio Torino, dir. Riccardo Bisatti
Mise en scène : Paolo Vettori (nouvelle mise en scène du Teatro Regio Torino)
Décors : Claudia Boasso
Costumes : Laura Viglione
Lumières : Gianni Bertoli

Le programme

Powder her face

Opéra de chambre de Thomas Adès, livret de Philip Hensher, créé à Cheltenham en 1995.
Turin, Teatro Regio, représentation du vendredi 10 mars 2023.

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Irina BogdanovaAmélie HoisThomas CilluffoRiccardo Bisatti
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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