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Synesthésies au Musée d’Orsay – Promenades musicales de l’Académie Orsay-Royaumont

par Laurent Bury 6 mai 2022
par Laurent Bury 6 mai 2022
© BnF / Gallica
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Ce jeudi 5 mai, jour de nocturne, entre 18h et 20h, le Musée d’Orsay accueillait quelques-uns des lauréats de l’Académie Orsay-Royaumont pour quatre « Concerts devant les œuvres ». Autrement dit, ce n’est pas dans le cadre éminemment favorable de l’Auditorium, mais de manière bien moins confortable, dans les salles mêmes du musée, que quatre jeunes chanteurs étaient conviés à se produire, avec pour public les visiteurs « ordinaires » qui n’étaient pas venus pour écouter de la musique, mais dont la contemplation des œuvres d’art se trouvait soudain complétée par cette sérénade impromptue.

Évidemment, il faut composer avec le brouhaha des passants, avec les bavardages de gardiens parfois étrangement indifférents à la musique, et certains lieux se prêtent mieux que d’autres à ces « promenades musicales ».  Ainsi, la mezzo-soprano américaine Marie Engle et sa compatriote la pianiste Elenora Pertz doivent affronter une acoustique par trop réverbérante, parce que leur programme répond aux œuvres symbolistes de la salle 59. Difficile, dans ces conditions, de savourer les mille subtilités d’ « Asie », le premier volet de Shéhérazade, « L’invitation au voyage » s’accommodant un peu mieux de ce cadre inhabituel. Un tandem new-yorkais (le baryton Gregory Feldmann, le pianiste Nathaniel LaNasa) s’est installé dans la salle 30, et plus précisément devant Un coin d’appartement de Monet, en accord avec un programme privilégiant l’enfance (la toile représente le fils du peintre un peu perdu dans une pièce sombre) : bien qu’il ne parle apparemment pas le français, le baryton américain se lance avec aplomb dans trois extraits de La Courte paille de Poulenc. Dans cette salle pourtant un peu plus propice à la musique, l’intelligibilité du texte est meilleure dans les Deux épigrammes de Clément Marot, de Ravel, notamment parce qu’elles exigent moins d’éclats sonores. Ce joli programme est encadré de deux mélodies de Charles Ives, où l’interprète retrouve sa langue maternelle.

La salle 45 sert d’écrin à une équipe britannique. Accompagné par le pianiste Dylan Perez, le ténor Ted Black propose une sélection de pièces à la fois remarquablement originale et fort bien accordée aux splendides compositions décoratives d’Odilon Redon : deux pages de Correspondances de Dutilleux (2003) y côtoient le Ravel de « Manteau de fleurs », musique superbe sur un poème qui ressemble un peu à une caricature de Maeterlinck, « De rêve… » extrait des trop rarement données Proses lyriques de Debussy, partition digne de Pelléas sur un texte assez faible du compositeur lui-même, et « Jardin mouillé » de Roussel, toujours à redécouvrir. Ted Black interprète toutes ces mélodies françaises avec une diction tout à fait irréprochable et une intelligence du texte qui force l’admiration. Voilà un artiste plus que prometteur, à suivre assurément.

Quatrième quart d’heure de musique dans la salle 72 : devant les Femmes au jardin, quatre panneaux pour paravent de Bonnard, la mezzo Anne-Lise Polchlopek soutenue par le pianiste Nicolas Royez distille admirablement les Chansons de Bilitis, susurre voluptueusement « Je te veux » et a le bon goût de choisir pour conclure une mélodie de Cécile Chaminade jadis révélée par Anne-Sofie von Otter. L’œil écoute, l’oreille regarde, certes, mais le mélomane n’en guette pas moins l’occasion de retrouver ces lauréats dans des conditions plus habituelles…

Les artistes

Chanteurs :
Marie Engle, mezzo-soprano
Gregory Feldmann
, baryton
Ted Black
, ténor
Anne-Lise Polchlopek
, mezzo-soprano

Pianistes :
Elenora Pertz
Nathaniel LaNasa
Dylan Perez
Nicolas Royez 

 

Le programme

Mélodies de Ravel, Duparc, Poulenc, Ives, Dutilleux, Roussel, Debussy, Chaminade.

Anne-Lise PolchlopekGregory FeldmannMarie EngleTed Black
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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