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Laissez les Frivolités faire !

par Laurent Bury 14 octobre 2020
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Normandie de Paul Misraki à l’Athénée
Normandie de Paul Misraki à l’Athénée
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NORMANDIE de Paul Misraki à l'Athénée : tout réussit aux Frivolités Parisiennes !

On le savait déjà, mais c’est une fois encore confirmé : tout réussit aux Frivolités Parisiennes ! Créée en février 2019 à Compiègne, leur production de Normandie revient à Paris, non plus à la Nouvelle Eve mais à l’Athénée où s’enchaînent les spectacles musicaux aussi délectables que variés. Enchantement une fois de plus avec cette opérette dont la musique est signée Paul Misraki (1908-1998), remontée dans un total respect de la musique et des textes. En 2015, Les Frivolités Parisiennes avaient brillamment gagné le pari consistant à ressusciter Yes ! de Maurice Yvain, et le succès est également au rendez-vous pour Normandie. Un grand bravo, donc, à Christophe Mirambeau qui signe à nouveau une mise en scène pétillante et dénuée de toute vulgarité, avec la complicité des décors et costumes de Casilda Desazars, preuve que l’on peut redonner vie à ce répertoire sans déploiement de faste, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer le plus luxueux des paquebots français de l’avant-guerre. Ici, les lettres géantes du mot N-O-R-M-A-N-D-I-E suffisent à fournir tous les accessoires nécessaires, avec en complément les dessins formant la vidéo projetée en fond de scène. Mais l’on avoue que l’attention est déjà amplement accaparée par ce qui se passe sur le plateau, notamment avec les chorégraphies impeccables de Caroline Roëlands (par ailleurs impayable dans son personnage de vieille dame plus ou moins digne).

Tout cela est irrésistiblement entraînant

Évidemment, l’intrigue conçue par Henri Decoin est cousue de (très gros) fil blanc, mais à tel point qu’elle en prend un air d’exercice abstrait : trois milliardaires ont chacun une fille et chacune s’est éprise d’un jeune Français sans le sou. Entre Paris et New York, évidemment, chaque idylle trouvera une conclusion aussi heureuse qu’improbable, après avoir traversé quelques mini-tempêtes. Le plus savoureux reste dans les textes des chansons, pour lesquels André Hornez s’est surpassé : bien sûr, il y a le tube : « Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine », mais on n’en finirait pas d’énumérer les perles qui s’enfilent sur ce brillant collier, notre préférence allant au délicieusement coquin « Je voudrais en savoir davantage ».

Les dix-huit instrumentistes constamment présents sur scène de l’Orchestre des Frivolités Parisiennes n’ont aucun mal à trouver le style, ou plutôt les styles de cette partition de 1936, car Paul Misraki s’en donne à cœur joie, touchant à tous les genres : elle était swing, cette partition, forcément, vu l’époque, mais il s’y glisse aussi des rythmes sud-américains et un hommage à la valse lente, entre autres choses. Tout cela est irrésistiblement entraînant, le public en redemande, et l’on voudrait que ça ne s’arrête jamais. Si les autres opérettes de Paul Misraki sont de la même qualité, il y a urgence à les présenter !

Marion Tassou est une superbe Barbara, et l’on attend avec impatience de la retrouver

Bravo enfin à l’équipe de chanteurs recrutés pour l’occasion par « LFP », parfait cocktail d’artistes de formation classique et de spécialistes de la comédie musicale. Applaudie sur cette même scène dans L’Ile du rêve de Reynaldo Hahn, Marion Tassou est une superbe Barbara, et l’on attend avec impatience de la retrouver dans Le Diable à Paris qu’elle interprètera en décembre à l’Athénée toujours avec Les Frivolités Parisiennes. Julie Mossay sera également de l’aventure, et il y a tout lieu de s’en réjouir après l’avoir vue et entendue en Betty, où elle remplace Mylène Bourbeau présente en février 2019. Le rôle de Caroline Michel est un peu moins développé, mais elle complète très dignement le trio des jeunes filles. Succédant à Sandrine Buendia, la mezzo Sarah Lazerges campe une « femme d’affaires » idéalement voluptueuse, et l’on saluera également les quatre Jeunes Filles formant le chœur. Chez les messieurs, on retrouve avec plaisir deux protagonistes de Yes !, Guillaume Durand, en pasteur qui se rêve danseur acrobatique, ainsi que Jeff Broussoux, aussi hilarant que ses deux confrères milliardaires, Denis Mignien, remarqué dans L’Etoile à Tourcoing la saison dernière, et Richard Delestre. Des trois prétendants, le plus gâté est le baryton Guillaume Paire, à la voix de crooner et doté de toute la gouaille nécessaire à son personnage de liftier parisien, mais ni Guillaume Beaujolais ni Pierre Babolat ne déméritent à ses côtés, pas plus que Halidou Nombre en barman.

  Courez-y, vous avez jusqu’au 16 octobre !

Les artistes

Betty Julie Mossay
Barbara Marion Tassou
Margaret Caroline Michel
La mère du Pasteur Caroline Roëlands
Les jeunes filles Sophie Girardon, Tiphaine Chevallier, Servane Brochard, Oliai Pfender
Roland Guillaume Paire
Georges Pierre Babolat
Petit-Louis Guilaume Beaujolais
Victor Halidou Nombre
Le Pasteur Guillaume Durand
Jim Jeff Broussoux
Ralph Denis Mignien
John Richard Delestre
Catherine Sarah Lazerges

Orchestre des Frivolités Parisiennes
Mise en scène Christophe Mirambeau

Le programme

Normandie de Paul Misraki à l’Athénée

Comédie musicale, musique de Paul Misraki, textes de Henri Decoin et André Hornez

Représentation du 13 octobre 2020 à l’Athénée.

Les frivolités parisiennesPaul Misraki
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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