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POUR UN USAGE RAISONNÉ ET RAISONNABLE DE LA VIDÉO SUR LES SCÈNES LYRIQUES

par Stéphane Lelièvre 6 octobre 2021
par Stéphane Lelièvre 6 octobre 2021
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Samson et Dalila à l’Opéra du Rhin, mise en scène Marie-Ève Signeyrole , © Klara Beck.

À la sortie du récent Fidelio proposé par Cyril Teste à l’Opéra-Comique, les commentaires allaient bon train sur l’usage grandissant de la vidéo sur les scènes théâtrales et lyriques. Comme bien souvent, on pouvait entendre dans la bouche des spectateurs les avis les plus tranchés et les plus opposés, allant du « Comme c’est original ! » au « On l’a déjà vu mille fois… ». Profitons, quoi qu’il en soit, de ce spectacle pour tenter une mise au point sur la question.

Ce n’est peut-être pas la sollicitation de la vidéo en soi dans les arts de la scène qui peut poser problème que certains usages qui en sont faits. Il serait en effet stupide de condamner a priori l’intégration d’images filmées dans les spectacles : elles constituent des avancées techniques offrant de nouvelles possibilités esthétiques aux artistes, comme, en leur temps, l’apparition de décors en trois dimensions à la place des toiles peintes, ou l’utilisation de l’électricité pour l’éclairage ou le fonctionnement de la machinerie. Elles rendent parfois possible la réalisation de certaines didascalies qu’il est parfois bien malaisé de mettre en forme, et peuvent avoir une fonction aussi bien narrative que poétique . C’est peut-être d’ailleurs dans cette seconde fonction que le rôle de la vidéo est le plus pertinent, en contribuant par exemple à l’instauration d’une atmosphère particulière, ou en accentuant l’émotion ressentie par un personnage : ce fut le cas, dans le Fidelio du Comique, avec le très gros plan sur les yeux de Leonore embués de larmes pendant son air du deuxième acte.

Ce qui peut être contesté en revanche, c’est l’usage excessif ou inapproprié qui, parfois, en est fait…

Dans certains cas, la vidéo devient à ce point envahissante (c’était, il faut l’admettre, un peu le cas dans la première moitié du spectacle de Cyril Teste) qu’elle tient lieu, en soi, de mise en scène, entraînant une forme de frustration chez certains spectateurs, déçus de constater qu’un flot d’images filmées prend le pas sur ce qu’il sont en droit d’attendre dans une salle de « spectacle vivant » : des acteurs évoluant et parlant (ou chantant) dans un décor. Que diraient les cinéphiles s’ils assistaient, dans leur salle préférée, à la projection d’un film représentant simplement un décor, devant lequel des acteurs, présents physiquement devant l’écran, viendraient réciter un texte ? Il seraient parfaitement en droit de protester que « ça n’est pas ça, le cinéma » !
On rétorquera que la vidéo permet certaines choses que le cadre traditionnel de la scène n’autorise pas : le changement de plans – et en particulier le gros plan –, ou encore le fait de rendre visible le « hors champ » – ou le hors scène.  Mais quelle superbe gageure pour un metteur en scène, justement, que de rendre, par les moyens qui sont les siens (la place du personnage sur scène, l’éclairage, la gestuelle), l’illusion d’un gros plan, ou le sentiment que l’action se prolonge hors de la scène ! Sans parler des effets dramatiques savamment construits par les auteurs précisément à partir du hors scène, et des attentes ou du suspense qu’il génère : Molière, en différant l’entrée sur scène de Tartuffe jusqu’au troisième acte, Meilhac, Halévy et Bizet, en faisant entrer les cigarières sans Carmen (« Mais nous ne voyons pas la Carmencita ! »), avaient sans doute de bonnes raisons ! Une caméra, qui nous montrerait de façon précoce ces personnages agir ou se préparer en coulisses, viendrait irrémédiablement briser l’effet prévu et voulu par les auteurs…

Enfin, même lorsqu’elle n’investit pas tout l’espace de la représentation scénique, la vidéo – et c’est peut-être là son travers le plus regrettable – participe parfois de l’esthétique du zapping : en faisant diversion ou en proposant une sorte de « multifenêtrage », elle empêche le spectateur de savourer ce temps particulier propre au théâtre ou à l’opéra, qui est un temps lent dont notre société a perdu l’habitude et le goût. Un air d’opéra, une tirade de tragédie, cela peut être cinq, huit, dix minutes d’attention portée quasi exclusivement à un personnage. Insupportable  sans doute pour certains, habitués à voir se succéder dans un clip 5 ou 6 plans par seconde !

La question qui se pose, dès lors est de savoir s’il faut (ré)apprendre à s’approprier cette temporalité devenue inhabituelle à beaucoup d’entre nous, ou s’il faut chercher des moyens de « meubler » afin que l’attention devenue excessivement fugitive du spectateur d’aujourd’hui ne se détourne pas de ce qui lui est montré. Il va de soi que l’amateur d’art lyrique optera, majoritairement, pour la première solution… L’opéra, la musique dite « classique » – comme le théâtre ou la lecture littéraire – sont des arts qui demandent que l’on accepte de se poser et ne peuvent s’apprécier que dans la durée. Soit l’exact contraire de la culture zapping. Aux plus anciens de réapprendre aux plus jeunes les vertus d’un plaisir qui se construit dans une certaine lenteur et non dans la sensation immédiate et éphémère !

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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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