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WAR REQUIEM, Britten (1962) – dossier

par Stéphane Lelièvre 1 mars 2022
par Stéphane Lelièvre 1 mars 2022
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Benjamin BRITTEN, War Requiem (op. 66) pour soprano, ténor, baryton, chœur, orchestre, orchestre de chambre, chœur de garçons et orgue

POURQUOI UN WAR REQUIEM ?

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la cathédrale Saint-Michel de Coventry fut détruite par des bombardements. Une nouvelle cathédrale fut construite après la guerre, à proximité de l’ancienne cathédrale dont il subsiste toujours la structure extérieure. Avant sa consécration et son inauguration, on passa commande à Benjamin Britten d’une œuvre musicale : c’est à cette occasion qu’il composa le War Requiem.

UN REQUIEM NON LITURGIQUE

Britten, en composant son œuvre, n’avait nullement l’intention de célébrer la victoire de l’armée britannique et de ses alliés. Son but était avant tout de dénoncer les atrocités commises pendant la guerre, de plaider pour la réconciliation et de proposer un vibrant plaidoyer pour la paix. Pour ce faire, il mêle à la structure habituelle du Requiem (Requiem aeternam, Dies Irae, Offertorium, Sanctus, Agnus Dei, Libera me) des textes profanes, écrits par le poète anglais Wilfred Owen. Le musicien plaça en tête de sa partition cette citation du poète :

My subject is War, and the pity of War
The Poetry is in the pity …
All a poet can do today is warn. 

Mon sujet est la guerre, et la douleur de la guerre
La poésie réside dans la douleur…
Tout ce qu’un poète peut faire aujourd’hui, c’est avertir…

Wilfred Owen

Wilfred Owen (18 mars 1893 – 4 novembre 1918) est sans aucun doute l’un des plus grands poètes de la Première Guerre mondiale. Engagé volontaire, il vivra un véritable enfer pendant la Bataille de la Somme, de même qu’un peu plus tard, en 1917 : tombé dans un trou d’obus, il y reste inconscient plusieurs jours, avant d’être découvert et secouru.

Transféré au Craiglockhart War Hospital d’Edimbourg, il y rencontre plusieurs autres poètes anglais, dont Siegfried Sassoon, viscéralement pacifiste : après que ses écrits contre la guerre eurent été rendus publics, Sassoon ne passa pas en cour martiale mais fut envoyé dans cet hôpital en tant que « victime de choc des obus » (!). 

Il eut une influence considérable sur Owen, qui se rapprocha de lui et finit par en tomber amoureux. C’est dans cet hôpital qu’Owen rédigea de nombreux écrits et poèmes pacifiques, où s’expriment son horreur de la violence, sa profonde compassion pour les soldats des deux camps, son appel au pardon et à la réconciliation.

De retour au front, Owen est tué à Ors, dans le Nord de la France, une semaine jour pour jour avant l’armistice. Il avait 25 ans. Il repose toujours dans le cimetière militaire britannique de cette ville.

LES TEXTES DE WILFRED OWEN

Britten trouva de toute évidence, en la personne et dans les œuvres de Wilfred Owen, une sensibilité faisant écho à la sienne. Les textes du poète qu’il utilisa pour son Requiem sont les suivants :

  • What passing bells (Requiem aeternam) ;
  • Bugles sang, Out there, we walked quite friendly up to death, Be slowly lifted up (Dies Irae) ;
  • So Abram rose (Offertorium) ;
  • After the blast of lightning (Sanctus) ;
  • One ever hangs (Agnus Dei) ;
  • Strange Meeting (Libera me).

LA MUSIQUE DE BRITTEN

Trois strates sonores alternent et se répondent dans le War Requiem.

  • La première est le Requiem lui-même, messe  exprimant la peur de la mort et du jugement dernier, et appel à la miséricorde divine. Elle est assumée par le soprano, l’orchestre et le chœur.
  • La seconde est consacrée aux poèmes d’Owen est met en scène deux soldats incarnés par le ténor et le baryton, accompagnés par l’orchestre de chambre. Le dernier poème, Strange Meeting (précédant le Libera me) évoque la pathétique rencontre d’un soldat anglais et d’un soldat allemand, avec notamment cette terrible phrase : « Je suis l’ennemi que tu viens de tuer, mon ami… ».
  • La troisième fait entendre une élévation au-dessus de la guerre et de ses horreurs. Elle est confiée au chœur de garçons et l’orgue.

Si, traditionnellement, un Requiem – au-delà de pages possiblement emplies de terreur – s’achève sur une sérénité retrouvée (ne s’agit-il pas d’implorer Dieu d’accorder le « repos éternel » aux défunts ?), l’œuvre de Britten ne se départit que rarement d’un sentiment d’angoisse et d’un pessimisme profond… La paix elle-même, que semble apporter enfin la prière finale, se teinte in fine de couleurs sombres et angoissantes lorsque se fait entendre un lugubre glas…

LA CREATION

Le War Requiem fut créé le 30 mai 1962 dans la nouvelle cathédrale de Coventry. La distribution comportait le baryton allemand Dietrich Fischer-Dieskau, la soprano irlandaise Heather Harper et le ténor britannique (et compagnon du compositeur) Peter Pears. Galina Vichnevskaïa aurait dû tenir la partie de soprano, mais l’URSS ne l’autorisa pas à se rendre en Angleterre. Elle participa cependant à l’enregistrement de l’œuvre, paru en 1963. Le choix des nationalités des trois chanteurs initialement prévus (russe, anglais, allemand), n’était évidemment pas le fruit du hasard mais incarnait pour le musicien l’esprit de réconciliation qui avait présidé à la composition de l’ouvrage. Le War Requiem fut dirigé, lors de la création,  par Meredith Davies et Benjamin Britten lui-même. L’œuvre reçut un accueil triomphal.

Britten, War Requiem, SHMF 1992 | NDR Elbphilharmonie Orchester. (Luba Orgonasova, Anthony Rolfe Johnson, Boje Skovhus).
Benjamin Britten
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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