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CD Reines, un opéra imaginaire aux multiples découvertes

par Marc Dumont 24 avril 2026
par Marc Dumont 24 avril 2026
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1,4K
Les artistes

Véronique Gens, soprano
Ensemble Les Surprises, dir. Louis-Noël Bestion de Camboulas

Le programme

Reines

Musiques de Rameau, Dauvergne, Destouches et quelques autres
CD Alpha, 2026

Voici le nouvel album-concept de musiciens qui se connaissent bien pour avoir déjà, ensemble, gravé en 2021 un programme intitulé Passion autour de Lully et Charpentier. Quant à ce concept de Reines, ils l’ont donné en concert avant cet enregistrement. Ainsi, Louis-Noël Bestion de Camboulas a recréé un opéra imaginaire conçu autour d’un seul rôle chanté. Le passionnant texte du livret, signé Benoît Dratwicki, a l’élégance d’insister sur la longue et belle carrière de Véronique Gens qui « ressemble à s’y méprendre à celles des artistes qui, sous l’Ancien régime, s’étaient vu confier de tels rôles. »

Cette fois, le choix des musiques nous fait traverser un demi-siècle, de 1709 à 1763, dans des découvertes et une cohérence stylistique dignes du vrai Grand Siècle de la tragédie lyrique française. Les enchainements sont évidents, relevant d’une vraie science musicale : écoutez avec quel naturel l’air « Tyran des cœurs » de la Zaïde de Pancrace Royer s’insère entre deux moments de la Callirohé de Destouches.

Tout débute par un chaos de douleurs. Ce « Tremblement de terre » issu du Polyxène de Dauvergne, datant de 1763, nous saisit. S’enchainent alors la Plainte sur la mort d’Hippolyte de Rameau (Hippolyte et Aricie, 1733), la Marche funèbre et le grand air de déploration de l’Hercule mourant (retour à Dauvergne, 1761). L’ensemble Les surprises, emmenés par le premier violon alerte de Gabriel Grosbard, s’y montre racé, vif, tranchant, expressif comme tout au long de l’enregistrement. La direction très dramatisée de Louis-Noël Bestion de Camboulas n’y est pas pour rien, changeant les climats avec une science du rapport voix orchestre. D’autant que le chœur affirme lui aussi de chatoyantes couleurs et des accents incisifs, avec une clarté remarquable de prononciation.

Tout dessine un écrin porteur pour la voix royale de Véronique Gens qui ajoute ici un volume de plus à ses œuvres baroques déjà bien fournies. Après ses trois chapitres de Tragédienne, accompagnée par Christophe Rousset et ses Talens Lyriques (3 CD Virgin), voici des partitions bien oubliées qui tressent un nouveau portrait de Reines jalouses, affligées (Phèdre ou Déjanire), trahies et courroucées (« Rien n’est si doux que la vengeance » rugit la Médée d’un Salomon enfin heureusement redécouvert), voire «  parjure et parricide » comme le chante elle-même l’Armide de Desmarest (1722). Les enfers ne sont jamais loin (dans Méléagre d’un Jean-Baptiste Stuck de 1709), les ombres de la « Sombre déesse du silence » non plus – tirée de l’inconnue Canente de Dauvergne (1760), auxquelles succède un très poétique Chœur du sommeil de Valette de Montigny par des choristes et des flûtes douces en apesanteur – comme elles le sont aussi dans l’air tendre du Dardanus de Rameau (1739).

La science de ce chant français n’a plus aucun secret pour Véronique Gens au timbre profond, à la science aboutie de la déclamation après tant d’années de fréquentation des opéras français. Son incarnation majestueuse ne cède à aucun effet. La portée du chant n’en est que plus intime et bouleversante. En grande tragédienne, elle campe des reines qui nous touchent.

Dans l’agencement du programme, si colère et vengeance sont largement convoquées, c’est pour mieux conclure avec l’« Amour, cruel amour » du Zoroastre ramiste (1749) qui vient attendrir la haine d’Érinice. L’orchestre seul peut alors enchaîner menuet, air, rigaudons et canarie, terminant un programme savamment pensé, magistralement conduit. L’Ensemble Les Surprises porte bien son nom : que de découvertes, qui en appellent d’autres en majesté.

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Véronique GensLouis-Noël Bestion de Camboulas
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Marc Dumont

Passionné par l’Histoire et la Musique, Marc Dumont a présenté des centaines de concerts et animé de multiples émissions à Radio France de 1985 à 2014. Il se consacre à des conférences et animations, rédige actuellement un livre où Musiques et Histoire se croisent sans cesse, et propose des « Invitations aux Voyages », qui sont des rencontres autour de deux invités, en vidéo.

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