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par Pierre Brévignon 3 mars 2021
par Pierre Brévignon 3 mars 2021
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CD - SEARCHING FOR LUDWIG (Beethoven - Sollima - Ferré)

LUDWIG TRANSGENRE

« Faut-il se procurer ce disque ? OUI, IL LE FAUT ! »

Les artistes

Kremerata Baltica
Mario Brunello, violoncelle (Ferré) et direction (Beethoven 1, Solima)
Gidon Kremer, violon et direction (Beethoven 2)

Le programme

Léo Ferré (1916-1993)
«Muss es sein ? Es muss sein ! »
(Arrangement de Valter Sivilotti pour violoncelle, cordes et percussion, avec voix de Léo Ferré)

 Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quatuor à cordes n°16 en fa majeur, op.135 (arrangement pour orchestre à cordes)

Giovanni Sollima (1962)
Note Sconte

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quatuor à cordes n°14 en ut dièse mineur, op.131 (arrangement pour orchestre à cordes)

1 CD Alpha (2021)
Enregistrement : octobre 2019 et juillet 2011 (Quatuor à cordes n°14)

Bien souvent, la volonté de créer, au disque ou en concert, des passerelles entre musique classique, musique populaire et musique contemporaine aboutit à des associations modérément convaincantes, quand ce ne sont pas des entités hybrides carrément monstrueuses, la juxtaposition d’esthétiques laissant tôt ou tard apparaître un défaut d’emboîtement, un jeu – pas toujours ludique. La greffe, malgré la bonne volonté et les talents réunis, peine à prendre totalement. Cas d’école : les tripatouillages vivaldiens de Max Richter, Rameau passé à la moulinette de Víkingur Ólafsson ou Wagner transformé en sérénissime easy listening par Uri Caine.

Searching for Beethoven se range dans cette catégorie de concept album « transgenre ». Son titre invite à partir en quête d’un Beethoven sinon inconnu, du moins revisité. Venant de tout autre que Gidon Kremer, la promesse aurait de quoi susciter perplexité, voire méfiance chez le mélomane. Mais, d’une part, le Letton n’en est pas à son coup d’essai : on se rappelle qu’en 1980, il avait commandé à Alfred Schnittke des cadences pour le Concerto pour violon de Beethoven. Et, d’autre part, la subtile originalité avec laquelle lui et son complice Mario Brunello explorent le corpus beethovénien emporte sans faillir notre enthousiasme.

Du plus classique au plus inédit, sa Kremerata Baltica nous donne à entendre deux arrangements (non crédités) pour orchestre à cordes des quatuors n°14 et n°16, une transcription chambriste de la « chanson symphonique » Muss es sein ? Es muss sein ? de Léo Ferré (tirée de l’album Je te donne (1976), qui comprend son autre grand hommage beethovénien, Coriolan) et l’étonnant Note Sconte, partition contemporaine de Giovanni Sollima où la présence de Beethoven se fait entendre de façon quasi subliminale.

Kremer le reconnaît dans les notes du livret : l’arrangement orchestral des deux quatuors renvoie inévitablement au glorieux précédent des enregistrements de son mentor Leonard Bernstein avec le Philharmonique de Vienne (DG, 1977 et 1989). Sans songer à singer ni à concurrencer la somptueuse phalange autrichienne, les musiciens de la Kremerata offrent une démonstration impressionnante de précision dans la distribution des timbres, et parviennent à restituer une atmosphère authentiquement chambriste portée par un souffle théâtral. Le Quatuor à cordes n°16, fugace chant d’adieu à cette forme à jamais révolutionnée par Beethoven, trouve sous la direction de Brunello une interprétation tantôt arachnéenne (le finale, qui se dissout dans une volée de pizzicati), tantôt lestée d’une gravitas aux résonances étonnamment mahlériennes (troisième mouvement, Lento Assai).

C’est Gidon Kremer, en tant que premier violon, qui prend les rênes de son ensemble dans le Quatuor à cordes n°14, fabuleuse architecture de sept mouvements enchaînés. Mais pour être ininterrompu, le discours musical n’en réserve pas moins des heurts, des hiatus, et on suit avec passion son déploiement en arche, dont le quatrième mouvement – aussi long que les trois mouvements qui l’encadrent – constitue l’apex dramatique. Dans ce thème et variations, véritable « quatuor dans le quatuor », les cordes baltes se couvrent de gloire, s’épanchant dans un cantabile irrésistible qui n’a rien à envier au soyeux des Viennois. D’autres miracles émaillent cette lecture, ainsi la sublime déploration de l’Adagio pré-conclusif, deux minutes de plain-chant d’une densité suffocante, sur lesquelles enchaîne l’Allegro final où une danse folklorique se mue en course à l’abîme.

Comme pour mieux faire ressortir la splendeur sonique de ces deux chefs-d’œuvre, Kremer et Brunello ont choisi de les sertir entre deux miniatures aux arêtes plus saillantes. Beethoven, on le sait, aimait à puiser dans ses petits tracas quotidiens matière à de savoureux divertissements (cf son Rondo furibard inspiré par la perte d’un sou). Le dialogue avec un débiteur réticent à régler ses dettes («Muss es sein ? Es muss sein ! » « Faut-il (que je vous paye) ? Il le faut !») est devenu le motif d’un quartet vocal burlesque, avant de réapparaître de façon nettement plus métaphysique dans le dernier mouvement de son ultime quatuor. Ici, il constitue le refrain de la chanson de notre Léo national, voci-Ferré comme une exhortation à faire descendre la Musique dans la rue, loin du Conservatoire où sévit « Boulez dans sa boutique avec un ministre à la boutonnière » (ou plutôt « Boulez nel suo negozio / Ed un ministro all’occhiello » puisque la chanson est livrée dans sa version italienne). L’orchestration de Valter Sivilotti, avec intermèdes de violoncelle solo et tutti flamboyants rehaussés de percussions, rend merveilleusement justice aux paroles incandescentes et irrévérencieuses de l’Anar-poète.

Enfin, parachevant la réussite de ce programme hors normes, Note Sconte (notes « cachées, escamotées », en dialecte vénitien) se présente comme une suite de danses composées par Giovanni Sollima à partir de fragments inédits puisés dans le catalogue Beethoven du musicologue Giovanni Biamonti (Turin, 1968). Ces « fragments d’or pur », comme les décrit le compositeur, parsèment les cinq mouvements de l’œuvre(*) comme autant de pépites gisant dans le lit d’une rivière, remontant à la surface au gré des courants, ou brièvement révélées au regard par un rai de soleil. Autrement dit, d’une présence élusive. Ce sont moins des thèmes que des substrats, des remémorations, des ébauches que l’on se surprend à compléter, des stimuli qui mettent en vibration une part de notre inconscient musicophile… Comme une sensation amniotique de déjà-entendu. Par la magie des entrelacements, des suggestions, des élans, des sforzandi, des crescendi, tandis qu’un rythme de tarentelle émerge d’un tapis de cordes spectral ou que des cris viennent interrompre un « canon allègre », l’auditeur éprouve la sensation troublante de créer la musique à mesure qu’elle lui parvient. Cette expérience sonore unique en son genre, aux antipodes du banal sampling de thèmes beethovéniens façon Louis Andriessen, John Oswald ou Pierre Henry, se révèle d’une séduction et d’un trouble infinis.

 ——————————————-

(*) À noter : sur le disque, l’œuvre figure en trois mouvements (IV / I / V), mais les plateformes de streaming proposent deux pistes bonus et rétablissent l’ordre des mouvements I / II / III / IV / V. On conseille vivement de s’y reporter pour avoir une vision complète du remarquable travail de Giovanni Sollima, notamment dans le mouvement III, qui déconstruit le Presto du Quatuor à cordes n°14.

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Pierre Brévignon

Pierre Brévignon jongle avec les notes et les mots, tour à tour dans les programmes de l'Opéra de Paris, sur les ondes de Radio France, dans les livrets de CD ou les salles de conférence de la Philharmonie, à la tête de l'Association Capricorn (www.samuelbarber.fr). Il est l’auteur de la première biographie française consacrée à Samuel Barber (Samuel Barber, un nostalgique entre deux mondes, éditions Hermann, 2012) et de Le Groupe des Six, une histoire des années folles (Actes Sud, 2020).

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