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Pietro il Grande de Donizetti : suprématiste, peut-être, mais suprême artiste ?

par Laurent Bury 3 mars 2021
par Laurent Bury 3 mars 2021
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Les artistes

Pietro il Grande   Roberto De Candia
Caterina   Loriana Castellano
Madama Fritz   Paola Gardina
Annetta Mazepa   Nina Solodovnikova
Carlo Scavronski   Francisco Brito
Ser Cuccupis   Marco Filippo Romano
Firman-Trombest   Tommaso Barea
Hondedisky   Marcello Nardis
Notaio   Stefano Gentili

Orchestre Gli Originali, Coro Donizetti Opera, dir.  Rinaldo Alessandrini

Mise en scène, machines et décors : Ondadurto Teatro – Marco Paciotti et Lorenzo Pasquali

 

 

 

Le programme

Pietro il grande kzar delle Russie

Melodramma burlesco en deux actes, livret de Gherardo Bevilacqua Aldobrandini d’après Alexandre Duval, Le Menuisier de Livonie.

1 DVD Dynamic (2021)
Enregistré au Teatro Sociale de Bergame les 12, 15 et 23 novembre 2019

Pietro il Grande, œuvre méconnue du tout jeune Donizetti, était en 2019 à l’affiche du festival Donizetti de Bergame. Le label italien Dynamic, toujours à l’affût des raretés, publie la captation de cette production bien chantée, hommage inattendu à Kasimir Malevitch…

Avec un compositeur aussi prolifique que Donizetti, le festival de Bergame a de quoi proposer bien des redécouvertes, tant il y a de titres à son catalogue : rien moins que 71 opéras, sans parler des cantates et des œuvres religieuses. Face à une telle profusion, c’est l’embarras de richesses qui guetterait si le bondissant directeur de la manifestation, Francesco Micheli, n’avait l’art d’équilibrer sa programmation en variant les plaisirs. Ainsi, l’édition 2019 proposait trois titres de nature à satisfaire tous les publics, toutes les exigences. Du connu, avec Lucrezia Borgia ; une première scénique mondiale, avec L’Ange de Nisida, lointain ancêtre de La Favorite, jamais joué du vivant du compositeur, longtemps cru perdu mais patiemment reconstitué par une musicologue ; et enfin une œuvre de jeunesse, Pietro il Grande, tombée dans l’oubli entre 1827 et 2003.

Une œuvre de jeunesse

C’est à Venise en 1818 que Gaetano Donizetti avait fait ses premiers pas à l’opéra avec Enrico di Borgogna et, dès l’année suivante, un autre théâtre vénitien lui passe commande d’un nouvel opéra-buffa, sur un livret adapté d’une comédie du Français Alexandre Duval, Le Menuisier de Livonie. A 22 ans, encore fortement influencé par le modèle rossinien, et n’hésitant pas à utiliser certaines formules de manière très répétitive, Donizetti composa donc en son Pietro il Grande kzar delle Russie, titre quelque peu trompeur dans la mesure où le monarque ne joue qu’un rôle assez secondaire, le cœur de l’intrigue étant occupé par les amours de Carlo et d’Annetta, contrariées par un magistrat gênant mais favorisées par l’aubergiste Madame Fritz. Et comme ledit Carlo est un enfant trouvé qui redécouvre inopinément sa famille, le librettiste semble s’être souvenu des Noces de Figaro, puisqu’il cite explicitement l’air de Bartolo : « Se tutto il codice dovessi leggere, se tutto l’indice dovessi volgere » (et le Magistrat reprend même cette expression employée par Leporello dans Don Giovanni, « conciossia cosa quando fosse che »).

Une production qui réserve quelques belles surprises

Autrement dit, un scénario qui ne pèse pas bien lourd, une histoire un peu convenue qu’il faut trouver le moyen de rendre un tant soit peu intéressante pour le public d’aujourd’hui. La scène est en Russie, c’est-à-dire nulle part, et le tandem Marco Paciotti-Lorenzo Pasquali, responsables de la mise en scène et des décors, ont choisi de se référer l’univers des artistes russes du début du XXe siècle, constructivistes et suprématistes, pour imaginer un univers abstrait, avec plate-formes mobiles, les costumes bigarrés conçus par K.B. Project renvoyant clairement à la peinture de Malevitch.

Doyen de la distribution dans le rôle-titre, Roberto De Candia souffre hélas d’un vibrato prononcé et d’un manque de noblesse qui prive le tsar de toute autorité. La tsarine n’a qu’un air, mais Loriana Castellano le chante d’une voix bien timbrée. Presque aussi sacrifiée, l’héroïne de l’intrigue amoureuse est fort bien servie par Nina Solodovnikova. Un peu plus gâté par le livret, le ténor Francisco Brito semble prometteur. L’attention se concentre néanmoins sur les deux vrais personnages principaux, fort bien tenus. On salue en premier lieu Marco Filippo Romano, excellent basso buffo qui tire le maximum du personnage du magistrat ridicule. Et l’on constate que l’Italie reste un vrai réservoir de voix avec l’intéressante mezzo Paola Gardina, qui devait ce mois-ci être Dorabella au Regio de Turin sous la direction de Riccardo Muti.

Rinaldo Alessandrini dirige avec une remarquable efficacité l’orchestre Gli Originali et le Coro Donizetti Opera, mais si plaisant que soit ce DVD, Pietro il grande risque de rester une curiosité où Donizetti débutant n’est pas encore le suprême artiste qu’il allait devenir quelques années plus tard.

donizetti
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Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

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