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Laissez l’ombre envahir lentement le salon… – Mélodies de Dussaut et Covatti au Bal Blomet

par François Desbouvries 4 mars 2020
par François Desbouvries 4 mars 2020
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Le Bal Blomet, petite salle du quinzième arrondissement, nichée derrière Montparnasse, accueille ce mercredi 4 mars le concert de sortie du disque de mélodies de Robert Dussaut et Hélène Covatti, enregistré par la soprano Adriana Gonzáles et le pianiste Iñaki Encina Oyón (et dont Stéphane Lelièvre rend compte ici).

Laissez l’ombre envahir lentement le salon…  : ce premier vers du poème de Mauriac (« Quand le cœur s’éveille ») résonne dans la petite salle, et débute fort à propos le concert, car il témoigne à lui seul de l’ambiance feutrée qui prévaudra ce soir. Pouvait-on en effet rêver de plus bel écrin pour cette soirée musicale que le Bal Blomet, cabaret dont le cadre intimiste et chaleureux, fusion du Montparnasse des années folles et des speakeasies new-yorkais, est constitué d’une petite scène, d’un bar et de petites tables, ainsi que d’un petit balcon. L’ambiance du concert semble d’emblée familiale, et cette impression intimiste est confortée par la présence de Thérèse Dussaut, fille de Robert Dussaut et de son épouse Hélène Covatti, et de certains de ses anciens élèves, notamment… le propriétaire de la salle, qui vient évoquer sa professeure avant le début du concert, et bien sûr Iñaki Encina Oyón.

Laissez l’ombre envahir lentement le salon…  : dès les premières notes, Adriana González subjugue par sa voix ample et chaleureuse qui s’élève et se déploie dans la salle. La soprano frappe par la facilité avec laquelle elle maîtrise son instrument, se permettant toutes les nuances de couleurs et d’intensité, et dotant chacune des mélodies de l’incarnation idoine. L’expérience du concert renforce encore la superbe impression qui se dégageait du disque. Le chant live donne même plus de clarté au français ; en revanche, le piano est peut-être un peu plus acide que celui qui servit à l’enregistrement, même si le jeu d’Iñaki Encina Oyón reste impeccable de précison et de musicalité. 

Les mélodies se succèdent, et le concert permettra de dérouler un aperçu des deux tiers du disque environ. Le récital commence par des mélodies de Robert Dussaut, présentées dans un ordre différent de celui du disque – mais peu importe, puisqu’elles ne sont pas organisées en cycle, ne relèvent pas d’une thématique précise et que les textes sont de différents auteurs : Mauriac, Verhaeren, Alfred de Musset, … ou encore un certain Jean Maddus, poète inconnu, et pour cause, puisque derrière ce pseudonyme se cache en fait Madeleine Dussaut, la tante de Robert Dussaut. En revanche les deux cycles de mélodies d’Hélène Covatti sont respectés ; le cycle « Daphné », féministe avant l’heure, suivi de mélodies grecques (Hélène Covatti est née à Athènes). L’on revient à Dussaut, dont on entend notamment l’hallucinant « Les deux ménétriers », pièce pour piano à quatre mains avec pour second pianiste le talentueux Thibaud Epp.

Le concert est ponctué d’interventions d’Adriana Gonzáles et d’Iñaki Encina Oyón. Ce dernier, notamment, donne de nombreuses explications sur les mélodies interprétées. Mais il évoque également quelques souvenirs personnels, notamment sa rencontre improbable huit ans plus tôt avec Adriana Gonzáles, et la collaboration artistique complice qui s’ensuivit ; et aussi bien sûr sa chère Thérèse Dussaut, qui fut sa professeure de piano lors de ses études au Conservatoire de Toulouse, dont l’enseignement l’a beaucoup marqué, et qu’il a aidée dans l’édition des partitions. De fait, il ne cessera tout au long du concert de rendre à son amie un hommage ému, et on sent clairement toute l’importance que revêtent pour ces deux jeunes artistes l’édition et l’interprétation de ces mélodies.

Plus que la simple promotion d’un disque, cette soirée est avant tout l’aboutissement d’un projet personnel qui visiblement leur tient à cœur – et qu’ils ont à cœur de faire partager au public. Mission accomplie : l’heure passe, le concert se termine à regrets… mais une partie du public semble ne pas vouloir quitter la salle, et prolonge au bar cette soirée belle et très émouvante…

Les artistes

Adriana González (chant)

Iñaki Encina Oyón, Thibaut Epp (piano)

Le programme

Mélodies de Dussaut et Covatti

Concert du 4 mars 2020

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Iñaki Encina OyónAdriana GonzálesThibaut Epp
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François Desbouvries

Scientifique de formation et de profession (il est enseignant-chercheur en mathématiques appliquées), François Desbouvries n’en est pas moins passionné par l’art : la littérature, la peinture, et bien sûr... la musique en général, et l’opéra en particulier. Il fréquente assidûment les salles de concerts et d’opéras depuis une trentaine d’années, et n’a de cesse de faire partager sa passion, notamment via le site Première Loge dont il a rejoint l’équipe de rédaction en janvier 2020.

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