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Au Maggio Musicale Fiorentino, première reprise moderne du CARNAVAL de Lully (1675) par Federico Maria Sardelli

par Roberta Manetti 8 mars 2026
par Roberta Manetti 8 mars 2026
© D.R. - Maggio Musicale Fiorentino
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Le Carnaval, Maggio Musicale Fiorentino, samedi 7 mars 2026

Une très belle redécouverte fort bien servie par  l’Orchestre Modo Antiquo et Federico Maria Sardelli. Espérons que ce charmant petit opéra ne restera pas oublié pendant encore 350 ans !

Un public nombreux, enthousiaste et ravi a accueilli la représentation d’un joyau musical injustement oublié, le samedi 7 mars 2026 au Teatro del Maggio Musicale Fiorentino : Le Carnaval – Mascarade (1675) de Giovanni Battista Lulli, ou Lully, comme on l’appela après que le compositeur, acteur et danseur florentin eut acquis la nationalité française. Les opéras de Lully sont joués, notamment en France, mais pas assez souvent, à tel point que cette « Mascarade », conçue « pour amuser les soucis / du plus grand roi du monde », Louis XIV, n’a jamais été reprise à l’époque moderne.

Créé sous le titre Le Carnaval – Mascarade Royale au Louvre le 18 janvier 1668, avec la participation active du Roi-Soleil en personne comme danseur, l’opéra fut repris à l’Académie Royale de Musique (ancêtre de l’Opéra) le 17 octobre 1675. « Royale » fut alors ôté du titre, car le roi, âgé de trente-huit ans et en surpoids, ne dansait plus sur scène et se contentait d’assister au spectacle. Tombé dans l’oubli, Le Carnaval version 1675 est recréé par Federico Maria Sardelli et Samuele Lastrucci, fondateurs de l’Institut Lulli à Florence, qui redonnent vie à cette œuvre hybride entre ballet de cour et comédie-ballet, comprenant dix entrées et un prologue. 

Il s’agit d’un pastiche polyglotte (en français, espagnol, italien et même en « faux turc ») qui emprunte, avec des modifications, à des ballets de cour et comédies-ballets antérieurs, dont Le Bourgeois gentilhomme et Monsieur de Pourceaugnac, sur un texte de Molière (qui, pour le personnage de ce dernier, s’est inspiré précisément d’un personnage introduit dans la première version du Carnaval de Lully ; ce dernier, coiffé d’un grand turban orné de douze bougies allumées, interprétait lui-même le rôle du « Mufti », le faux Turc du Bourgeois gentilhomme).
Le prologue est confié au personnage de Carnaval, l’entrée finale à Carnaval lui-même et à Galanterie, protagoniste de la neuvième entrée, clôturant ainsi la série de scènes diverses et contrastées, sur des textes de Benserade, Molière et Quinault, qui déploient également un petit catalogue de styles musicaux.

Le Carnaval – Mascarade, 1675, arrive à Florence après avoir été présenté mi-février au Teatro Comunale de Ferrare, puis au Teatro Comunale Pavarotti-Freni de Modène, où on mettait en scène les danseurs et acrobates du NoGravity Theatre (une version est disponible jusqu’au 14 août 2026 sur la chaîne YouTube Opera Streaming ). Il s’agit d’une version stylisée et modernisée de l’originale : à l’époque du Roi-Soleil, la musique et la danse étaient en effet accompagnées de décors, de costumes et d’« effets spéciaux » fantasmagoriques et opulents, pour lesquels le souverain ne lésinait pas sur les moyens. Nous avons dû nous contenter d’un concert, qui avait le mérite de mettre au premier plan une musique d’une beauté incontestable, dirigée avec une grande rigueur par Federico Maria Sardelli à la tête de l’Orchestre Modo Antiquo et du Chœur I Musici del Gran Principe, préparé par Samuele Lastrucci. Sardelli a également présenté brièvement chaque entrée, expliquant, en l’absence de décors et de costumes, ce qu’elle représentait.

La distribution vocale est excellente, réunissant des spécialistes du répertoire baroque : Valeria La Grotta (Première Dessus), Giuseppina Bridelli (Deuxième Dessus), Philippe Talbot (Haute-contre), Cyril Auvity (Taille), Francesco Masilla et Samy Timin (Première Basse, rôle partagé par deux solistes du petit chœur I Musici del Gran Principe, tandis que a Ferrare-Modène on avait Biagio Pizzuti), et Alexandre Baldo (Seconde Basse). Si la voix de Valeria La Grotta manque de puissance, elle est agile, d’un timbre agréable et d’une technique qui lui permet de chanter avec légèreté. Giuseppina Bridelli, qui interpréta le rôle principal dans Atys de Lully, joué à Versailles en 2022 et récemment disponible en CD et DVD, possède une voix plus robuste et puissante (sans jamais perdre sa douceur). Il convient également de saluer les prestations de Philippe Talbot et Cyril Auvity, dont les voix brillantes et bien placées, parfaitement préparées pour ce type de répertoire, ainsi que celles de la jeune basse Alexandre Baldo. Tous, des solistes au chœur en passant par l’orchestre, témoignent d’une connaissance approfondie des codes du théâtre musical français du temps du Roi-Soleil.

L’édition critique a été dirigée par Bernardo Ticci (BTE2025) et adaptée par Sardelli lui-même.

 De longs applaudissements et un public ravi de cette redécouverte : espérons que ce charmant petit opéra ne restera pas oublié pendant encore 350 ans !

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Les artistes

Valeria La Grotta (Première Dessus)
Giuseppina Bridelli (Deuxième Dessus)
Philippe Talbot (Haute-contre)
Cyril Auvity (Taille)
Francesco Masilla et Samy Timin (Première basse)
Alexandre Baldo (Seconde basse)

Orchestre Modo Antiquo, dir. Federico Maria Sardelli
Chœur I Musici del Gran Principe, dir. Samuele Lastrucci

Le programme

Le Carnaval

Opéra-ballet à neuf entrées , sur des textes de Molière, Benserade et Quinault, exécuté à la Cour, puis à Paris, au Palais Royal, le 17 octobre 1675

Maggio Musicale Fiorentino, concert du samedi 7 mars 2026

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Cyril AuvityAlexandre BaldoPhilippe TalbotGiuseppina BridelliValeria La GrottaFederico Maria Sardelli
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Roberta Manetti

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