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À l’Opéra Bastille, un Siegfried somptueux vocalement

par Frédéric Meyer 18 janvier 2026
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© Herwig Prammer - OnP

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Siegfried, Opéra Bastille, samedi 17 janvier 2026

Ce nouveau volet de la Tétralogie vue par Calixto Bieito était des plus attendus. Scéniquement, la déception est au rendez-vous : c’est le service minimum. Tout au long des trois actes, pour seul décor unique des arbres gigantesques, la cime vers le bas, occupant toute la hauteur de la scène, montant et descendant sans cesse avec bruit. Ces arbres, éclairés de manière aléatoire et invasive (par Michael Bauer), occupent une telle place que les chanteurs sont confinés sur le devant de la scène tout au long des trois actes réduisant de fait mouvements et jeu d’acteur. Oubliés la forge, la grotte de Fafner, le rocher d’Erda. Fidèle à ce qu’il fit pour L’Or du Rhin et La Walkyrie, Bieito ne sortit pas saluer, réservant son apparition pour la création du Crépuscule des Dieux…

Heureusement, le plateau réunit des grandes voix habituées au chant wagnérien.

Brian Mulligan interprète avec vaillance un Alberich d’une incroyable noirceur, comme il convient à ce rôle. Les graves sont puissants et très bien maîtrisés. On peut regretter qu’au début de l’acte 2, le metteur en scène lui ait imposé de nous montrer l’accouchement en direct d’une créature mutante, cordon ombilical à la main. Son affrontement avec Mime est vocalement extraordinaire, mais scéniquement trop neutre et c’est dommage.

Gerhard Siegel est un Mime impeccable et d’une belle force vocale, même si on a eu du mal à saisir les tout premiers mots de l’opéra (« Zwangvolle Plage »). Sa prononciation est claire, parfois avec une belle petite pointe acide voulue. Il manque en revanche dans son jeu d’acteur et ses intonations ce côté fourbe, méchant et mielleux nécessaire au personnage, qu’on trouvait chez Graham Clark ou Heinz Zednik. Les ricanements ponctuant le chant, tombent, et c’est dommage, « à côté de la plaque ». À sa décharge, être vêtu d’un costume cravate et traîner sans cesse une valise immense n’aident peut-être pas au chant…

Stature et corpulence imposantes, crâne rasé, apparence volontairement terrifiante : Derek Welton impressionne en Wotan, physiquement tout d’abord, mais aussi vocalement : il dégage une intensité et une puissance vocale qui en imposent, même si par moments il peine à couvrir l’orchestre. Ses graves restent de toute beauté. Ses échanges avec Mime à l’acte 1 où, tel un reptile, il se déplace sur toute la largeur du plateau, donnent le frisson. On observe alors une des rares bonnes idées de mise en scène : son immense canne portable de voyageur, découpée en plusieurs morceaux, et qu’il monte tout en chantant.

Mika Kares est un Fafner qui semble un peu plus absent, affublé d’un costume ridicule avec des dizaines de boules de Noël. On l’entend peu car il est obligé de chanter avec un masque de rongeur étouffant sa voix… Quant au dragon, il s’agira juste d’un immense masque de carnaval avec deux phares : du déjà vu… On pourra heureusement profiter quelques instants de sa voix noble et forte, avec des graves d’une grande beauté, quand avant de mourir il retirera le masque dont Siegfried s’affublera.

Marie-Nicole Lemieux campe une Erda étonnante. Son lieu de sommeil est devenu une table dressée sur laquelle elle posera une cocotte tout en chantant au début de l’acte 3… Sa voix est cristalline et les aigus, tranchants, sont parfaitement maîtrisés. Ses échanges avec Wotan font partie des très beaux moments de la soirée.

Ilanah Lobel-Torres chante le rôle de l’oiseau à partir des coulisses pour, à la fin de l’acte 2, traverser le plateau suspendu dans un costume jaune canari plutôt grotesque, provoquant les rires de la salle. 

Tamara Wilson, en Brünnhilde, apparaît les lèvres bleues de froid, à l’acte 3, dans la pièce du data center où elle avait été confinée, en fin de compte « cryogénisée ». Elle en sera libérée par Siegfried qui brisera les blocs de glace qui l’enfermaient. Cette pièce d’une lumière blanche et blafarde surgit on ne sait comment de la forêt, et reste suspendue au milieu du plateau de Bastille désormais plongé dans le noir… La voix, au début un rien métallique, se fait très vite superbe. Elle gagne en expressivité depuis Walkyrie par une meilleure maîtrise de son vibrato. Rivalisant de puissance avec Siegfried, elle confirme que ce duo final fait bel et bien partie des plus belles pages lyriques de l’histoire de la musique.

Andreas Schager a souvent connu de grands succès à Paris, notamment dans Parsifal et Tristan. Il est le triomphateur de cette soirée. Dans l’écrasant rôle-titre, il déborde d’une énergie incroyable et d’une puissance vocale sans faille tout au long des trois actes avec une projection nette et précise. C’est assurément un des grands Siegfried du moment. Un regret, là encore imputable à la mise en scène : l’air de la forge, censé être un des grands moments de l’œuvre… La forge n’existe pas. Faute de ces si caractéristiques coups de marteaux sur son enclume, il donne des coups de pieds sur une portière de voiture posée à terre, tout en se frappant le crâne. Quant à Notung, les morceaux brisés de l’épée sont frottés l’un contre l’autre pour, comme par magie, que l’épée ressorte entière d’un buisson frappé par une étoffe… Mais on se souviendra longtemps de l’émotion dégagée par le finale de l’œuvre où après tant de temps passé sur scène, il arrive à déployer une telle alchimie avec sa partenaire, en gardant une si belle ligne de chant. Fait rare à Bastille, une partie du public se lèvera pour lui au moment des saluts.

Les pupitres de l’orchestre sont tous excellents. On notera surtout la précision des cuivres et des vents. Malheureusement on a du mal à comprendre la direction du chef Pablo Heras-Casado, dont la battue est tantôt nerveuse, tantôt absente. Les tempi adoptés montrent la même irrégularité… De fait, l’orchestre sera plus applaudi que son chef.

Au final un Siegfried qu’on retiendra pour son très beau plateau vocal, et c’est déjà beaucoup.

Les artistes

Siegfried : Andreas Schager
Mime : Gerhard Siegel
Wanderer : Derek Welton
Alberich : Brian Mulligan
Fafner : Mika Kares
Erda : Marie-Nicole Lemieux
Brünnhilde : Tamara Wilson
L’Oiseau : Ilanah Lobel-Torres

Orchestre de l’Opéra de Paris, dir. Pablo Heras-Casado
Mise en scène : Calixto Bieito
Décors : Rebecca Ringst
Costumes : Ingo Krügler
Lumières : Michael Bauer
Vidéo : Sarah Derendinger
Dramaturgie : Bettina Auer

Le programme

Siegfried

Opéra en 3 actes de Richard Wagner, créé le 16 août 1876 à Bayreuth.
Opéra Bastille, représentation du samedi 17 janvier 2026. 

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Tamara WilsonMika KaresBrian MulliganPablo Heras-CasadoMarie-Nicole LemieuxAndreas SchagerCalixto BieitoGerhard SiegelDerek Welton
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Frédéric Meyer

2 commentaires

Alain 19 janvier 2026 - 10 h 13 min

Deux remarques: Gerhard Siegel est parfait du point de vue vocal et son jeu de scène est fort convaincant, sa grosse valise est ridicule, comme beaucoup d’effets de cette mise en scène; l’orchestre mal maitrisé joue beaucoup trop fort obligeant les chanteurs à forcer leur émission, surtout dans le premier acte. Très grosse performance des chanteurs peu aidés par la mise en scène et le chef d’orchestre .

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Billy budd 30 janvier 2026 - 17 h 24 min

Oui, exceptionnel Andréas Schager et les autres chanteurs ont Sauvé cette soirée, d’un ennui… Décor et mise en scène Ridicule. Qu’on s’en débarrasse cela fera de sacrées économies. Vas’y toi, comprendre kèkchose avec ce type et sa valise… Le dragon il ne fume même pas de la gueule…Contrairement au metteur en scène., c’est sûr Non , on se fiche de notre gueule c’est tout. La population qui vient encore à l’opéra, a largement passé la cinquantaine,. Éclairé la scène par pitié, Nos lunettes remboursé au 0% reste à charge Sécu ne suffise plus à y voir, quelque chose du deuxième Balcon… Sans facture , sans ticket de caisse, 40€ deux flutes et un mauvais sandwich, oui 40 €à bastille. j’ai joué le Riche. On m »y reprendra plus… Toulousain, je trouve ce théâtre Magnifique, c’est déjà ça, c’est déjà cà… Tant que cela marche, ils ont peut être raison…

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