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Compte renduRécital

Marie-Laure Garnier et Célia Oneto-Bensaid en concert salle Cortot : Soleil d’hiver !

par Stéphane Lelièvre 30 novembre 2025
par Stéphane Lelièvre 30 novembre 2025
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Songs of Winter – Marie-Laure Garnier et Célia Oneto-Bensaid, Paris, salle Cortot, dimanche 30 novembre 2025

Nous avons déjà eu plusieurs fois l’occasion d’apprécier les talents de récitaliste de Marie-Laure Garnier, notamment  lors d’un remarquable concert consacré à Jeanne Leleu donné à la Bibliothèque Nationale de France. La chanteuse y était déjà accompagnée de sa complice Célia Oneto-Bensaid. Les deux artistes retrouvent leur public en ce dimanche 30 novembre, mais avec un programme radicalement différent : quatre lieder de Schubert, le cycle des Zigeunermelodien de Dvorak, l’Ave Maria de William Gomez, et un florilège de Spirituals. Un programme éclectique dans lequel Célia Oneto-Bensaid, au jeu précis et nuancé, montre une nouvelle fois la belle complicité qui la lie à sa partenaire. 

Les qualités vocales de Marie-Laure Garnier sont bien connues : une voix puissante, un timbre extrêmement chaleureux, qui trouve tout particulièrement à s’épanouir dans un médium velouté  et des graves somptueux (ce qui nous vaut notamment une superbe « Junge Nonne »). Le registre aigu, en début de concert (dans les Schubert) a paru légèrement plus tendu, comme si la chanteuse avait besoin de chauffer quelque peu sa voix, avant qu’il ne se libère pleinement, avec beaucoup plus d’aisance, dans le cycle de Dvorak, et surtout dans les Spirituals donnés en dernière partie.

Dans les mélodies de Schubert et Dvorak, Marie-Laure Garnier fait preuve d’une belle rigueur stylistique et d’une excellente prononciation de l’allemand : la diction reste claire et précise, aussi bien dans le legato du « Ständchen » que dans la déclamation plus hachée de l’ « Abschied ». L’Ave Maria de William Gomez sert en quelque sorte de transition vers une dernière partie dans laquelle la soprano interprète cinq  spirituals. Cette dernière partie est précédée d’un petit discours explicatif de Marie-Laure Garnier elle-même dans lequel la chanteuse explique les conditions dans lesquelles ces spirituals furent composés, et insiste sur les valeurs de liberté et de fraternité qui devraient prévaloir en ce monde… Galvaudé, trop entendu, ce discours à visée humaniste ? Certainement pas ! À l’heure où la haine, l’intolérance, le racisme s’expriment avec de moins en moins de retenue, y compris au plus haut sommet de certains états, ces propos font chaud au cœur et ont dans tous les cas séduit le public qui les a  accueillis chaleureusement. Ce n’est rien en comparaison de l’enthousiasme déchaîné par l’interprétation des spirituals eux-mêmes, une interprétation d’un naturel confondant et d’un entrain irrésistible, notamment dans De Gospel Train, véritable invitation pour les spectateurs à monter en voiture. Destination : la liberté, la tolérance et la fraternité !

Le concert se poursuit par la Cantata de John Carter dont chaque mouvement est basé précisément sur un spiritual, et dont la pianiste nous rappelle que Jessye Norman la mettait parfois à son programme en récital – puis s’achève avec le « O Holy Night » d’Adam. Devant l’insistance du public, la chanteuse et sa pianiste proposeront « My soul’s been anchored in the Lord » et « Wade in the water » où, l’espace d’un instant, la salle Cortot semble se transformer en une église de Harlem : Marie-Laure Garnier invite en effet les spectateurs à l’accompagner vocalement. Après une mini répétition, le public accepte avec enthousiasme… et un talent certain !

Les températures glaciales de la semaine dernière ont fait entrer l’hiver en plein Paris avec presque trois semaines d’avance… Pourtant, avec ce récital jubilatoire, Marie-Laure Garnier et Célia Oneto-Bensaid auront fait rayonner un grand soleil, prodiguant lumière et chaleur en pleine saison des frimas !

Les artistes

Marie-Laure GARNIER, soprano

Célia ONETO-BENSAID, piano

Le programme

F. Schubert – An die Musik, D.547

F. Schubert – Schwanengesang, D.957
 - Ständchen
 - Abschied

F. Schubert – Die junge Nonne, D.828

A. Dvořák – Zigeunermelodien, Op.55
 - Mein Lied ertönt
 - Ei! Wie mein Triangle
 - Rings ist le Wald so stumm und still
 - Als die alte Mutter
 - Reigestimmt die Saiten
 - In dem weiten, breiten, luft’gen Leinenkleide
 - Darf es Falken Schwinge Tatrahöh’n umrauschen

W. Gomez – Ave Maria

Spirituals
 - Walk Together
 - My Good Lord’s Done Been Here
 - Deep River
 - He’s Got the Whole World
 - De Gospel Train

J. Carter – Cantata
 - Prelude
 - Rondo
 - Recitative
 - Air
 - Toccata

A. Adam – « Oh Holy Night »

Bis : « My soul’s been anchored in the Lord » et « Wade in the water »

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Marie-Laure Garnier
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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