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SAMUEL HASSELHORN, entre ombre et lumière : quand la poésie affleure sous le chant…

par Vinicius van Eyk 13 avril 2026
par Vinicius van Eyk 13 avril 2026
© Queen Elisabeth Competition
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Samuel Hasselhorn ou l’art subtil de conjuguer dans le chant discrétion, retenue, sincérité… et profondeur. Considéré aujourd’hui comme l’un des maîtres incontestés du lied, le baryton allemand sera en concert à Paris (salle Cortot) le 21 avril prochain, dans un programme Schubert. Ne manquez pas ce rendez-vous, précieux entre tous, avec la poésie pure…

Il n’a pas cherché à devenir chanteur. Il est devenu baryton parce que la voix, longtemps rétive, a fini par s’affiner. Samuel Hasselhorn le raconte sans coquetterie : enfant, il ne chantait pas juste. Peut-être est-ce pour cela qu’il n’a jamais cru au retentissement immédiat, ni à la démonstration. Chez lui, le chant n’est pas une évidence, mais une décision – prise à l’adolescence, lorsqu’il choisit d’en entreprendre l’étude avec sérieux.

© Uwe Arens

Né à Göttingen en 1990, il se forme à Hanovre (avec Marina Sandel), puis au CNSMDP à Paris (sous la supervision de Malcolm Walker) et à New York, et prend part aux master classes de Kiri Te Kanawa, Thomas Quasthoff et Kevin Murphy. Les premiers prix ne se font pas attendre : Internationaler Schubert-Wettbewerb à Dortmund en 2013, Young Concert Artists Auditions en 2015 à New York, Das Lied International Song Competition à Heidelberg en 2017, Emmerich Smola SWR Junge Opernstart à Stuttgart en 2018. La consécration publique a lieu cette même année, en remportant, 3 jours avant son 28e anniversaire, le Premier Prix du Concours Reine Élisabeth de Belgique (devant un jury comprenant, excusez du peu, Christoph Prégardien, Ann Murray et José van Dam). Une reconnaissance immédiate qui aurait pu entraîner une accélération sans retour possible. La victoire n’a pourtant rien d’un feu d’artifice. Il choisit une cadence plus mesurée, avec ce que la voix offrait déjà : tenue, diction précise, autorité sans tapage.

L’entrée à la Wiener Staatsoper, dont il est membre de l’ensemble durant la saison 2019/2020, lui offre un socle solide. Il y aborde un large répertoire – pas moins d’une vingtaine de rôles, de Figaro chez Rossini à Belcore dans L’elisir d’amore, en passant par Schaunard (La Bohème) et Don Fernando (Fidelio). Il y apprend le théâtre, la respiration d’une grande salle, l’endurance que réclame la scène au quotidien.

Et puis il s’en va. Non par désamour de l’opéra, dont il ne s’est jamais vraiment éloigné, mais par clairvoyance. L’enchaînement des productions et la densité des calendriers laissent trop peu de place à ce qu’il juge essentiel : le temps de l’élaboration. Quitter Vienne ne relève ni du renoncement, ni d’une stratégie, mais d’un recentrage assumé, fidèle à une certaine idée du travail.

À Nuremberg, puis comme invité sur plusieurs scènes européennes, il aborde des rôles où la ligne vocale dialogue étroitement avec la psychologie : Pelléas, Onéguine, ou encore Wolfram von Eschenbach dans Tannhäuser. Des rôles de langue, plus que de projection (bien qu’il n’en manque pas), où le texte oriente la voix et lui impose son rythme. « Il faut savoir combien le cerveau peut encore absorber », dit-il. La conscience précède l’élan, sans pour autant l’inhiber.

© Samuel Hasselhorn

C’est dans le lied que cette démarche trouve son plein épanouissement. Non comme refuge, mais comme exigence. La voix y est nue, la poésie souveraine, et Samuel Hasselhorn fait de ce terrain son espace de jeu, avec l’humilité et l’audace requises pour apporter sa contribution au Liederwelt. Dès 2018, avec son premier enregistrement, Dichterliebe, il entame un projet qui met le cycle Dichterliebe de Robert Schumann en miroir avec un second cycle de lieder composés par des contemporains du composieur (Robert Franz, Fanny Hensel, Carl Loewe).

A partir de 2023 et aux côtés du pianiste Ammiel Bushakevitz, il entreprend un autre projet d’envergure, consacré cette fois-ci à Franz Schubert : enregistrer, jusqu’au 19 novembre 2028, les lieder composés exactement deux siècles auparavant. Le geste est moins commémoratif que prospectif : il s’agit de confronter cette musique au présent et d’en éprouver l’actualité. Les premiers volumes – Die schöne Müllerin, puis Licht und Schatten – sont salués sans réserve (« maîtrise impressionnante », « une Belle Meunière quasi miraculeuse, d’une vertigineuse intimité avec le génie schubertien », « interprétation musicale (…) magnifique, impressionnant d’autorité et de contrastes », …). Mais au-delà des distinctions, c’est la tenue qui frappe. Pas d’emphase, encore moins de pathos. Hasselhorn ne souligne pas le poème ; il le laisse gouverner.

Franz Schubert | Samuel Hasselhorn, Ammiel Bushakevitz | "Im Abendrot

 Dans Hoffnung, troisième volet de la saga Schubert 200, à paraître le 17 avril, le baryton explore les lieder composés en 1826 : des pages baignées d’une clarté singulière, traversées d’une joie discrète, parfois teintée de mélancolie, qu’il éclaire selon son modus operandi désormais bien connu, nourri d’une recherche constante du juste milieu. Le concert qu’il donnera à la Salle Cortot le 21 avril accompagné d’Ammiel Bushakevitz prolongera cette (re)découverte initiée dans le disque d’un univers encore peu visité où mots et mélodies dessinent, malgré les détours de l’existence, une trajectoire obstinée vers… l’espérance, plus que jamais nécessaire.

On l’a comparé à Fischer-Dieskau, à Goerne, à Gerhaher. Les filiations sont là, mais il ne les revendique pas. Il s’inscrit sans déclaration, par une continuité silencieuse. Là où d’autres affirment, il suggère.

L’opéra n’a jamais disparu de son horizon. De Wolfram à Papageno, de Ford à Ottokar, il y apporte la même économie de moyens, la même attention au mot, et n’hésite pas à investir des rôles où sa venue semble à la fois surprenante et inéluctable : ainsi de son incarnation de Peter, le protagoniste du dernier opéra de Matthias Pintschers, Das kalte Herz, ou encore dans la peau du Barbier Schneidebart dans la beaucoup trop rare Die schweigsame Frau, tous les deux à la prestigieuse Staatsoper de Berlin.

Samuel Hasselhorn ne fascine ni par la vitesse de son ascension, ni par un charisme immodéré. Il retient l’attention autrement : par la constance d’un choix, par une fidélité absolue à la poésie, en somme par cette chose devenue rare : le courage du retrait qui, en aucun cas, bride la créativité ou le goût de nouvelles aventures. Dans un monde musical parfois enclin à confondre visibilité et nécessité, il a choisi la profondeur. Et il s’y tient.

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Samuel Hasselhorn
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Vinicius van Eyk

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