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Au festival d’Ambronay : des voix, des espaces et des saisons

par Sabine Teulon Lardic 27 septembre 2026
par Sabine Teulon Lardic 27 septembre 2026

© Bertrand Pichène

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Duo Nysiak,  Il Caravaggio et The Ministers of Pastime, Festival d’Ambronay, vendredi 25 et samedi 26 septembre 2026

Pour sa 47e édition, le Festival d’Ambronay fait toujours des étincelles dans le monastère et l’abbatiale de la commune de l’Ain. Lors du dernier week-end, du 25 au 27 septembre 2026, la programmation baroque enchante les publics en accueillant tant les ensembles de renom –Il Caravaggio, InAlto, Hespérion XXI– que ceux émergents et prometteurs, tels The Ministers of Pastime (Barcelone) ou le duo Nysiak (France).

Dans l’intimité de l’air de cour avec le duo Nysiak

Grâce au programme « Ambronay Jeunes talents », le public découvre le talentueux duo Nysiak (dionysiaque), constitué d’Ariane Le Fournis (mezzo-soprano) et de Pierre-Baptiste Brioude (archiluth et colachon). Au travers d’une complicité sincère, les deux musiciens font revivre l’intimité raffinée et la galanterie de l’air de cour du XVIIe français : Antoine Boësset, Pierre Guédron, Etienne Mouliné. Habitant l’acoustique de la salle Monteverdi – par leurs divers emplacements et déambulation – ils nouent un lien avec l’auditoire, d’autant que leurs explications documentent ce genre français, qui embrasse aussi les langues occitane ou espagnole.
Se délectant de ces idiomes divers et de leurs résonances phoniques, la mezzo, au timbre proche de celui d’une haute-contre, ose même des poésies de Pierre Goudelin (1617) ou de Max Rouquette. Virtuose à l’archiluth dans les variations sur basso ostinato, le luthiste présente le colachon – un luth au très long manche. Au second bis, il incite le public à chantonner le refrain de l’iconique chanson Bambino, détournée avec le mot colachon : le patrimoine est bien vivant au festival d’Ambronay !

Marc-Antoine Charpentier et Antonio Lotti spatialisés dans l’abbatiale avec Il Caravaggio

Grâce à leur résidence « Jeunes talents » dans l’abbatiale romane d’Ambronay, l’ensemble Il Caravaggio a imaginé une spatialisation des œuvres de Marc-Antoine Charpentier et d’Antonio Lotti, entre les antiennes projetées depuis le chevet du chœur par la basse somptueuse de Guilhem Worms. Sous la direction de sa fondatrice, Camille Delaforge, l’écoute de la Messe à quatre chœurs de Charpentier et du Crucifixus à 8 voix de Lotti est une révélation sensorielle et musicale. Côté expérience, l’embrasement de la polyphonie traverse le corps de chaque auditeur (Kyrie Eleison), alors que l’homophonie rassemblée du Gloria ou l’irrésistible swing de la ciaconna (Agnus Dei) séduisent tous les sens. Du côté historique, cette spatialisation renvoie aux pratiques italiennes assimilées par Charpentier lors de son séjour dans la péninsule. De San Marco de Venise aux églises romaines, les polyphonies étaient diffusées de part et d’autre du transept. Le résultat est ici magique, tant il intensifie la dilatation sonore qu’imprime chaque compositeur et confère une architecture sonore à chaque pièce.
Si le reste de la programmation dévoile quelques signaux de fatigue vocale – dont le somptueux Miserere C116 de Clérambault, porté par de valeureuses solistes féminines, dont Emmanuelle de Negri et Mathilde Ortscheidt – il confirme le geste esthétique de l’ensemble vocal désormais constitué au sein d’Il Caravaggio. Il s’agit de rompre avec la sobriété de l’interprétation baroque – voix sans vibrato et intensité feutrée – au profit d’un lyrisme assumé (en volume, vibrato et extériorité) par le choix des artistes que réunit Camille Delaforge. Cette esthétique surprend l’auditoire. Cependant, l’interprétation n’est jamais une tradition figée, mais une recréation en mouvement. D’autant qu’elle est documentée par des témoignages de concerts baroques à Rome et même à Versailles où les Leçons de ténèbres se chantaient avec certains artistes de l’Opéra. Filmé pour une future projection sur Culture box, ce concert d’Il Caravaggio dans l’abbatiale devrait captiver les téléspectateurs.

De l’été à l’automne en tressant les Saisons de Vivaldi et de Giovanni Guido

Pour ce dernier week-end de septembre, rien de mieux que la sélection de ces deux Saisons par  The Ministers of Pastime, ensemble sous la direction d’Ignacio Ramal (violon soliste). Il ne s’agit plus de repérer les tubes d’Antonio Vivaldi (1678-1741), entrelacés aux pièces de son contemporain Giovanni Guido (1675-1728). En effet, la déconstruction des mouvements de l’Été, puis de l’Automne – un nouvel ordre – offre une confrontation stimulante de l’art descriptif italien, soit le stile rappresentativo des années 1700.
En 2026, cette perspective permet de savourer la propre perception des saisons du Settecento par leur biotope – Mosche e moschoni (mouches) chez Vivaldi, Coucous chez Guido, tempête chez l’un, orage chez l’autre. Sans oublier de goûter la comparaison des pratiques sociales rythmant les saisons dans chaque mouvement automnal intitulé La Chasse. Néanmoins, l’auditeur est tenté d’identifier le clair-obscur frémissant du vénitien ou la ferveur des danses (Cris et rires des bacchantes) qui anime l’écriture de Guido.
Ce qui unifie ce programme est plutôt le jeu de ce jeune ensemble de Barcelone. Avec un concertiste certes moins virtuose que Théotime Langlois de Swarte (Le Consort), The Ministers of Pastime renouvelle l’interprétation vivaldienne. Le sens du rebond, la théâtralité des silences ou des attaques rugueuses de chaque Presto stimulent l’imaginaire. En sus, leurs propos énoncés sur le changement climatique dévoilent leur implication environnementale. C’est d’ailleurs une notion qui se concrétise dans le programme européen « Sustainable EEMERGING », partagé à Ambronay. Soit une démarche de soutenabilité en accompagnement de jeunes ensembles de manière durable.
A Ambronay : la jeune garde réinvente le baroque !

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Les artistes

. Duo Nysiak : Ariane Le Fournis (mezzo-soprano), Pierre-Baptiste Brioude (archiluth et colachon)

. Ensemble Il Caravaggio, dir. Camille Delaforge
Emmanuelle de Negri (soprano), Mathilde Ortscheidt (mezzo-soprano), Paco Garcia (haute-contre), Pierre Derhet (taille), Guilhem Worms (baryton basse).

. Ensemble The Ministers of Pastime, dir. Ignacio Ramal

Le programme

. Duo Nysiak : airs de cour de P. Guédron, E. Mouliné, A. Boësset, anonymes

. Il Caravaggio : Marc-Antoine Charpentier, Messe à quatre chœurs H4 ; Le Reniement de Saint Pierre H424,  antienne anonymes, Louis-Nicolas Clérambault, Miserere C116, Antonio Lotti, Crucifixus a 8.

.  The Ministers of Pastime : extraits des Saisons d’Antonio Vivaldi, des Scherzi armonici sopra le quattro stagioni de Giovanni Guido

Festival d’Ambronay, les 25 et 26 septembre 2026

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Pierre DerhetMathilde OrtscheidtPaco GarciaAriane Le FournisPierre-Baptiste BrioudeIgnacio RamalCamille DelaforgeGuilhem WormsEmmanuelle de Negri
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Sabine Teulon Lardic

Sabine Teulon Lardic est chercheure à l'université de Montpellier 3. Spécialiste de l'opéra-comique du XIXe siècle et des spectacles lyriques dans les Théâtres de plein air (XIXe-XXIe siècles), elle a collaboré aux volumes collectifs de Carmen Abroad (Cambridge Press), The Oxford Handbook of the Operatic Canon (Oxford Press), Histoire de l'opéra français, t.3 (Fayard, 2022). Elle signe également des articles pour les programmes de salle (Opéra-Comique, Opéra de Montpellier) ou la collection CD du Palazzetto Bru Zane.

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